Dans les ruines numériques de notre quotidien, une carte volée ne vaut pas plus qu’un sandwich sur le darknet. 8,20 $. C’est le prix d’un vol d’identité, d’un compte vidé, d’un mois de panique pour Leïla, AESH de 28 ans, laissée seule face à des banques automatisées qui lui opposaient des bots sans compassion. L’insécurité numérique n’est pas un bug : c’est une stratégie. Une violence froide, systémique, calibrée pour fracturer les plus précaires pendant que les techno-féodaux s’enrichissent en revendant nos vies comme de la camelote codée.
Les jeunes, les personnes migrantes, les aîné·e·s peu alphabétisé·e·s numériquement — ce sont elles, eux, qui tombent. Pas les PDG protégés par des armées de firewalls. Quand tu vis en squat et que tu perds ton accès bancaire, tu perds aussi ton lien au dernier filet social. C’est le cas d’Abdou, demandeur d’asile de 19 ans, dont le compte a été piraté lors d’une connexion wi-fi publique. La police ? Inexistante. La banque ? Fermée à son désespoir. Kafka, c’est devenu une app mobile aux fenêtres qui s’effondrent sous les clics en boucle.
La numérisation des services, imposée sans garde-fous, est une expropriation. On a remplacé les guichets par des écrans froids, les conseillèr·e·s par des chatbots, le soin humain par des logiques de gestion privée. Derrière chaque faille de sécurité se cache la négligence cupide d’un système bancaire privatisé, qui préfère spéculer sur l’IA que protéger ses client·e·s vulnérables. L’accès à son argent devrait être un droit, pas un labyrinthe algorithmique. Le numérique imposé devient une prison dès lors qu’il est privatisé, opaque et hors sol.
Ce n’est pas une erreur : c’est le cœur du technocapitalisme. Nos données sont extraites comme le pétrole d’une génération connectée de force. Elles nourrissent l’apocalypse climatique et sociale que ce système engendre, pendant qu’on déshumanise les survivant·e·s d’un piratage bancaire comme s’ils et elles étaient coupables. L’exploitation aujourd’hui, c’est aussi celle du clic. C’est pourquoi la lutte pour une infrastructure technologique publique, souveraine, transparente et collective est urgente. Car nos vies ne sont pas des tokens.
Rallumons les serveurs de la démocratie. Exigeons des espaces numériques sûrs, ouverts, gérés pour les gens, pas pour les actionnaires. Orga·ni·sons-nous, comme l’ont fait les collectifs Jeunes Codeurs Populaires ou Technoparades Solidaires, en rendant la tech de nouveau populaire. Le feu qui brûle derrière chaque compte vidé est aussi celui d’une révolte nécessaire. La cybersécurité n’est pas un luxe : elle est le prochain front de la justice sociale.





