C’est la photo parfaite : Valérie Plante au flanc, une Johanne Martinez Ferrada fière et souriante au centre, des visages divers autour, échantillon idéalisé d’un Montréal supposément représenté. Du Projet Montréal au parti Ensemble, de quartiers centraux jusqu’aux arrondissements périphériques, la mairesse fraîchement investie déploie un comité exécutif qu’elle qualifie de « pluraliste ». Mais une mosaïque colorée suffit-elle à bâtir une politique incarnée?
Ce mélange de sensibilités politiques sent le coup de poker plus que la coopération transformatrice. Ce n’est pas l’unité derrière une vision partagée : c’est la cohabitation surveillée dans un échiquier institutionnel figé. Un équilibre fragile où la peur du conflit dépasse la volonté de rupture. Surtout, un risque : que ce pluralisme serve à maquiller l’inaction, à lisser les luttes au nom de l’« efficacité ». On ne gouverne pas la crise climatique ou le gouffre du logement avec de la diplomatie vide.
De la Côte-des-Neiges aux grands quartiers populaires de l’Est, les loyers étranglent, les logements sociaux moisissent, et les jeunes fuient une ville de plus en plus inaccessible. Le climat? Silence de béton dans certaines décisions d’aménagement. La culture? Parent pauvre, sauf quand elle rend bien sur une maquette touristique. Que penser d’un comité exécutif qui prétend tout entendre mais reste accroché à des dogmes productivistes?
Sur le terrain, les collectifs de justice climatique, les locataires en lutte, les militants antiracistes veulent plus que des sièges — ils veulent des actes. Leur patience n’est pas infinie, leur colère est légitime. Et là où l’hôtel de ville s’auto-congratule de ses compositions multicolores, la rue murmure : « On vous voit. Et on vous attend au tournant. » Sans mobilisation populaire, le pouvoir s’installe confortablement dans ses vieux fauteuils, aussi modernes leur revêtement soit-il.
Alors que faire? Exposer les incohérences, oui. Mais aussi amplifier les voix en marge, documenter les fissures dans le vernis démocratique, et rappeler que le changement radical n’est jamais venu d’un rendez-vous entre partis modérés. Il émerge dans les ruelles, les réunions de comité de locataires, les manifestations désobéissantes. Gouverner autrement, ce n’est pas promettre. C’est écouter les colères, s’y confronter, et agir. Sinon, ce comité sera juste un trompe-l’œil de plus sur les murs croulants d’une ville à deux vitesses.





