Le gouvernement Legault a distribué plus de 7 milliards de dollars en aides économiques depuis 2018, mais les résultats obtenus posent sérieusement question. Selon des bilans récents, près de 39 % des entreprises soutenues ont échoué ou cessé leurs activités dans les trois ans suivant l’aide. Ces subventions, censées stimuler la croissance et l’emploi local, révèlent plutôt une logique de paris risqués que de politique industrielle structurée. Au-delà des chiffres, c’est l’absence de critères de rigueur et de suivi qui mine leur efficacité.
Une étude de l’Institut du Québec publiée en septembre 2025 le démontre clairement : le Québec accuse un retard de cohérence stratégique comparativement à des modèles performants comme l’Allemagne ou les pays scandinaves. Là-bas, les aides sont ciblées, accompagnées d’obligations mesurables en matière de retombées économiques, de durabilité ou d’innovation. Ici, trop souvent, les montants sont attribués sans exigence de reddition de comptes – un contraste frappant qui éclaire notre piètre rendement.
La concentration des subventions vers de grandes entreprises déjà bien outillées n’aide en rien. En 2024 seulement, plus de 60 % des fonds ont été alloués à des entreprises de plus de 250 employés, avec peu de conditions rattachées. Cette logique verticale prive les PME, pourtant moteurs des territoires et de l’innovation locale, d’un accompagnement vital. De nombreuses voix dans le milieu entrepreneurial, comme celle de Karine Gagnon, propriétaire d’un atelier textile à Drummondville, dénoncent le déséquilibre : « On nous oublie au profit des géants, alors que notre impact social est direct et tangible. »
Le manque de transparence représente un deuxième angle mort majeur. Très peu de données sont rendues publiques sur les critères d’octroi, les résultats attendus ou le suivi à long terme. Cela empêche tout débat éclairé sur les orientations économiques gouvernementales. Une démocratie économique passe par la capacité citoyenne à évaluer les politiques publiques — mais cela suppose l’accès à des faits, des chiffres et des bilans clairs, ce qui fait gravement défaut ici.
Il ne s’agit pas de rejeter l’aide économique en bloc, mais de rappeler qu’elle doit s’inscrire dans une logique d’impact, de justice et d’efficacité. Investir dans les entreprises est légitime si cela soutient l’emploi durable, la transition écologique et l’innovation inclusive. Cela suppose toutefois des critères plus transparents, un meilleur appui aux PME et des mécanismes d’évaluation réalistes. Le Québec a la capacité d’en faire plus, et surtout, de faire mieux — en misant non pas sur des sauvetages symboliques, mais sur des partenariats intelligents et humains.





