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Retraite et marchés financiers : pourquoi nos pensions vacillent

Depuis quelques semaines, des signaux rouges s’accumulent sur les marchés boursiers. Wall Street, dopée depuis des années par la promesse infinie des géants technologiques, semble perdre pied. Une pression s’exerce particulièrement autour de Nvidia et d’autres piliers de l’IA, dont les valorisations stratosphériques ne reposent pas toujours sur des bases économiques solides mais sur des projections spéculatives. Cet essoufflement n’est pas anodin : dans un modèle où l’investissement boursier est devenu le pilier des fonds de pension, chaque recul alarme, à juste titre, les millions de travailleurs dont la retraite dépend de rendements financiers volatils.

Ce pari sur les marchés a transformé une sécurité de base — la retraite — en produit risqué. Les régimes à prestations déterminées, jadis conçus pour garantir un revenu stable aux aînés, ont été peu à peu remplacés par des régimes à cotisations définies, où chacun est individuellement exposé aux fluctuations économiques. Or, en l’absence de véritables filets de sécurité publics ou de mécanismes amortisseurs — comme un fonds souverain ou un pilier public renforcé — ce sont les épargnants ordinaires qui désormais encaissent les chocs, pendant que les gestionnaires d’actifs continuent eux de prélever leurs commissions, gagnants ou perdants.

Cette financiarisation de la retraite repose sur un modèle de spéculation systémique. Quand les marchés montent, on célèbre la croissance du capital « pour tous »; quand ils descendent, on parle d’orage passager. Pourtant, selon l’OCDE, moins de 40 % des travailleurs à temps partiel ou précaires contribuent régulièrement à un régime de retraite, et leurs avoirs sont largement insuffisants pour compenser l’absence de soutien public fort. Autrement dit, ce modèle protège le capital existant mais échoue à sécuriser les revenus futurs d’une part croissante de la population.

Des alternatives existent. Certains pays explorent des modèles mixtes plus résilients : la Norvège combine un régime public universel généreux avec un fonds souverain alimenté par les ressources naturelles, à l’abri des aléas boursiers du jour. Le Québec disposerait aussi des leviers nécessaires pour rendre la RRQ plus robuste en élargissant son financement ou en désindexant partiellement ses investissements des marchés nord-américains les plus spéculatifs. Une fiscalité progressive sur la rente financière pourrait également contribuer à financer ces renforcements sans plomber l’économie réelle.

Le véritable enjeu n’est pas uniquement économique, mais profondément social : comment une société traite-t-elle ses aînés et ses travailleurs à faible revenu? Chaque crise boursière rappelle que ce système ne met pas à l’abri ceux qui ont les carrières les plus brisées, les corps déjà usés par le travail précaire. S’il est temps de moderniser notre approche des finances publiques, c’est d’abord pour replacer la sécurité collective devant l’obsession du rendement individuel. La retraite ne devrait pas être un pari mais une promesse tenue.

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