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Texas et le gerrymandering : quand la carte électorale devient arme politique

Au Texas, un tribunal fédéral vient de retoquer une carte électorale si biaisée qu’elle aurait fait rougir Machiavel. Le redécoupage, orchestré par des républicains soucieux de verrouiller leur avantage électoral, diluait méthodiquement le vote des communautés hispaniques et noires, pourtant majoritaires dans certaines régions. Ce n’est pas nouveau : le gerrymandering est une arme aussi vieille que la démocratie américaine elle-même. Mais ce revers judiciaire relance le débat sur le contrôle partisan d’un droit censé être universel.

La décision rendue lundi par la justice n’a pas retenti que dans les couloirs texans. Elle a soulevé une vague de soulagement chez les militants des droits civiques, nombreux à dénoncer depuis des années cette manipulation cartographique. Selon le Brennan Center for Justice, près de 70% des affaires de gerrymandering extrême depuis 2010 profitent à un seul parti — devinez lequel. Cette fois, les juges ont reconnu une violation manifeste du Voting Rights Act. Et si cela pourrait forcer Austin à revoir sa copie, les dés sont loin d’être relancés équitablement pour autant.

Côté républicain, on crie au « tribunal militant », alors que démocrates et communautés locales se félicitent d’une « victoire de la démocratie ». Mais derrière les postures, tous savent que cette reprise de terrain reste fragile. D’autres États profitent toujours allègrement de zones grises juridiques. En Caroline du Nord comme en Ohio, des plans similaires sont maintenus, en attendant une hypothétique réforme du Congrès. Le droit de vote, ce grand égalisateur théorique, reste à géométrie très variable sous la bannière étoilée.

Le cas texan révèle surtout un malaise plus vaste que les contours d’un district : qui contrôle la géographie du pouvoir aux États-Unis ? Et surtout, qui peut corriger ses abus ? Ce genre de victoire juridique, aussi nécessaire soit-elle, repose sur des années de contentieux, de mobilisation communautaire… et de chances judiciaires. Pour beaucoup de militants issus des diasporas latino ou afro-américaines, c’est davantage une accalmie qu’un tournant.

À l’échelle du Sud global, ces dynamiques trouvent un étrange écho. Si au Texas les lignes sont tirées pour annuler des voix, ailleurs — en Tunisie, au Brésil ou en Inde — on observe des tactiques bien différentes, mais non moins inquiétantes pour la démocratie : exclusion des électeurs, délitement des institutions, mainmise politico-judiciaire. La leçon texane ? Le droit peut résister à l’arbitraire, mais la vigilance, elle, ne connaît ni frontières ni sursis électoral.

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