Entrée en vigueur dans plusieurs grandes villes canadiennes dès 2022, la taxe sur les logements vacants se voulait une réponse ciblée à une tendance croissante : la rétention spéculative d’unités résidentielles inoccupées. Montréal a légiféré, mais son application fut reportée, puis carrément mise sur pause dans la majorité des arrondissements. L’outil, pourtant simple dans sa mécanique — taxer les logements laissés vides plus de six mois — est demeuré théorique dans bien des municipalités, réduisant à néant son potentiel d’intervention sur un marché déjà sous pression.
Pourquoi une pareille inaction ? Pour certains élus municipaux, la mise en œuvre d’une telle mesure présente des défis techniques : vérification d’occupation, contestations possibles, coûts administratifs. Mais surtout, il y a une frilosité politique à toucher aux intérêts des propriétaires et investisseurs institutionnels, influents sur les plans économique et électoral. Résultat, ce qui devait être un levier contre la spéculation se transforme en promesse diluée dans les complexités de la gouvernance locale.
Et pourtant, les effets attendus d’une taxe bien appliquée ne sont pas négligeables. À Vancouver, la mise en place d’une taxe similaire en 2017 a permis de remettre environ 10 % des logements visés sur le marché locatif, selon des données de la Ville. Modeste mais réel, cet impact démontre que taxer l’inaction immobilière peut inciter à mobiliser des ressources dormantes. Quand le marché locatif est aussi tendu, chaque unité compte. Ce type de taxe ne résout pas la crise, mais il desserre marginalement l’étau pour des milliers de locataires.
À l’international, Londres, Barcelone ou Paris expérimentent avec des outils semblables, parfois en lien avec des droits de préemption ou des pénalités progressives. Dans toutes ces villes, la logique demeure : décourager l’accumulation de logements comme actifs financiers passifs, et réaffirmer leur vocation première — l’habitation. Comparativement, la timidité des grandes villes québécoises apparaît déconnectée de l’ampleur de la crise, et surtout du coût social qu’elle génère : explosion de l’itinérance, stagnation de la mobilité résidentielle, aggravation des inégalités patrimoniales.
Face à cette situation, la responsabilité des élues et élus est claire. Ils ont à leur disposition un outil fiscal a priori peu impopulaire, ciblé, et déjà testé ailleurs. Le laisser prendre la poussière envoie un message : on tolère que des logements demeurent vides, pendant que des familles cherchent un toit. En contexte de crise, ne pas agir revient à prendre position — du côté de la rente, plutôt que du droit au logement. Et cela, les électeurs finiront par le noter.





