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Rachat Intelerad : Québec perd le contrôle de ses actifs numériques

La vente récente d’Intelerad, entreprise montréalaise en solutions d’imagerie médicale, à GE HealthCare pour 3,2 milliards CAD soulève un double enjeu : la perte de centres décisionnels hautement spécialisés, et la récurrence d’un modèle économique dans lequel du capital public lance des entreprises… avant de les voir partir. Depuis sa fondation en 1999, Intelerad a bénéficié d’un écosystème nourri par les institutions publiques — accès à la recherche universitaire, crédits d’impôt pour la R&D, soutien d’Investissement Québec. Pourtant, c’est sans condition claire de maintien d’ancrage local que ces aides se sont transformées en tremplin vers une acquisition étrangère.

Selon des données de l’OCDE, le Canada se classe parmi les leaders du financement public indirect à l’innovation, mais sans les mécanismes de rétention que des pays comme la Norvège ou Singapour imposent à leurs fleurons stratégiques. Là où les fonds souverains de ces nations exigent un retour en richesse collective ou conservent une minorité bloquante, le Québec opte pour une approche court-termiste, misant sur l’attractivité du territoire sans filet de sécurité. C’est le dilemme de l’État incubateur : à force de soutenir sans jamais garder une part de gouvernance, il devient fournisseur de talents et d’IP… pour les multinationales étrangères.

Ce transfert de propriété ne se limite pas à une ligne comptable. Il a des conséquences réelles sur les emplois spécialisés et le savoir-faire local. Intelerad employait plus de 400 personnes au Québec, dont une majorité en ingénierie logicielle. Avec le rachat, l’autonomie sur les grandes orientations technologiques pourrait s’effriter. Les décisions sur les orientations produit, les orientations de croissance ou les investissements en IA médicale pourraient désormais être prises à Chicago ou ailleurs. Cette désincarnation des pôles de décisions techniques contribue au phénomène de « fuite de cerveau inversée » : les meilleurs profils restent ici, mais sous des directions installées à l’extérieur.

Il est temps de repenser nos outils de protection des actifs stratégiques. Des mécanismes existent ailleurs : participation publique minoritaire dans des entreprises jugées sensibles, clauses de maintien des sièges sociaux, création d’un fonds de souveraineté technologique appuyé par des objectifs à long terme. Un rapport de Polytechnique Montréal en 2023 a démontré qu’un tel fonds, couplé à des critères ESG et de performance économique, permettrait de conjuguer rentabilité et autonomie industrielle. En refusant de s’en doter, Québec accepte de réinvestir encore et encore dans des cycles sans capitalisation durable.

Le cas Intelerad illustre une fragmentation inquiétante entre nos ambitions numériques et nos outils économiques. Investir dans l’innovation est essentiel, mais le faire sans stratégie de conservation d’actifs, c’est subventionner la perte. Il ne s’agit pas d’ériger un mur économique, mais bien de construire des ponts solides entre le soutien public et la création de richesses locales durables. Ce n’est pas une question d’idéologie, mais de pragmatisme — et de souveraineté numérique. Empathie et preuves nous mènent ici à conclure : il faut revoir nos modèles d’accompagnement avec une logique de rétention, et non de passage.

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