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Baisse des cotisations et inégalités sociales: décryptage d’une réforme controversée

Le gouvernement du Québec a récemment annoncé une baisse des cotisations à la RRQ (Régime de rentes du Québec) et au RQAP (Régime québécois d’assurance parentale), une mesure annoncée comme un allégement fiscal pour les travailleurs. Concrètement, à partir de 2025, les cotisations passeront de 12,8 % à 12,5 % pour la RRQ et une réduction à 0,434 % pour le RQAP. Ces modifications, bien que modestes à première vue, sont présentées comme favorables au pouvoir d’achat. Toutefois, cette baisse repose sur des marges actuarielles serrées, dans un contexte démographique tendu et soulève des questions sur la durabilité à long terme du système.

Du point de vue d’un salarié moyen, ces baisses représentent quelques dizaines de dollars de plus par année. Pour quelqu’un au salaire minimum, les gains sont symboliques : environ 30 à 40 $ par an. En revanche, un salarié gagnant au-dessus du maximum assurable (66 600 $ pour la RRQ en 2025) peut voir des économies s’approcher des 250 $. Ce décalage amplifie une dynamique régressive où les hausses comme les baisses de cotisations accentuent l’injustice envers les bas revenus, qui cotisent plus longtemps, pour moins de rendement à la retraite. En somme, ceux qui ont le plus besoin de la « marge » fiscale en bénéficieront le moins.

Historiquement, les réformes du RRQ et du RQAP ont suivi une logique de pérennisation financière, avec des ajustements de taux selon les projections démographiques. Depuis la réforme de 2019, qui instaurait un régime supplémentaire, l’écart intergénérationnel s’était partiellement corrigé — les jeunes paient plus mais pour obtenir davantage. Cette nouvelle baisse rompt avec cette logique contributive en favorisant l’allègement immédiat au détriment de la capitalisation future. De manière implicite, elle reporte les efforts nécessaires sur les prochaines générations, dans un contexte où la population active diminue.

De plus, le système de cotisations uniforme ignore des réalités sociales clés. Une mère monoparentale au salaire partiel cotise au même taux qu’un cadre supérieur, mais sans bénéficier du même filet social fonctionnel. Le RQAP, par exemple, procure des prestations bien en deçà du revenu réel pour les travailleuses précaires — un déficit de justice distributive que cette réforme ne vient pas corriger. Elle détourne aussi le débat des enjeux plus larges : accessibilité des congés parentaux chez les travailleurs autonomes, ou encore la précarité des régimes de retraite des jeunes.

Plutôt qu’une simple baisse, des pistes de justice intergénérationnelle pourraient inclure une modulation des taux selon les revenus, ou un crédit remboursable pour les cotisants à faible revenu. De même, réinvestir une fraction des surplus attendus dans des programmes comme le soutien à la parentalité pour familles vulnérables serait plus cohérent avec un objectif d’équité. Pour l’instant, la réforme fait un choix politique clair : la gratification immédiate plutôt qu’une refonte structurelle. À long terme, cela pourrait coûter cher — surtout aux plus jeunes et aux moins favorisés.

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