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Injustice énergétique : Hydro-Québec et les ménages oubliés

2,83 milliards de dollars. C’est la somme que la société d’État Hydro-Québec a récoltée en profits en seulement neuf mois cette année, une flambée de 30 % en pleine crise du coût de la vie. Pendant que les actionnaires se frottent les mains, des familles partout au Québec placent leurs enfants entre couvertures et chandails laineux parce que monter le chauffage coûte trop cher. Il faut le dire crûment : notre électricité est devenue une marchandise comme une autre, débranchée de sa mission de service public et vendue à qui peut payer—surtout les multinationales étrangères qui siphonnent nos barrages.

Hydro n’a fait aucune annonce sur un gel ou une baisse des tarifs résidentiels. Rien sur un revenu énergétique minimal ou des mesures concrètes pour protéger les ménages précaires. Ce silence est une trahison systémique. En 2023 déjà, 20 % des locataires québécois·es consacraient plus de 30 % de leur revenu au logement, incluant l’électricité. Aujourd’hui, les chiffres sont pires. Et pourtant, les surplus énergétiques sont bien réels, tout comme les profits. Alors pourquoi le peuple paie-t-il toujours plus cher pour une ressource qu’il a lui-même fait naître?

Marianne, mère monoparentale à Saint-Jérôme, nous confiait : « Ils appellent ça une société d’État, mais qui dans l’État profite de cette société? Pas moi, pas mes enfants. » Cette justice à deux vitesses, où les grands projets industriels bénéficient de tarifs préférentiels tandis que les citoyen·nes écopent, révèle une fracture morale. Une fracture où l’État n’est plus garant de bien commun, mais gestionnaire de dividendes.

Ce n’est pas qu’une question de chiffres, c’est un projet de société qu’on assassine lentement. L’électricité, autrefois moteur de modernité collective, se métamorphose en fil barbelé énergétique. Le gouvernement Legault continue de défendre la rentabilité d’Hydro comme s’il s’agissait d’une start-up cotée en bourse, oubliant sa responsabilité de garantir un accès équitable à l’énergie. Derrière les discours technocratiques, l’idéologie néolibérale œuvre en silence, vend morceau par morceau le sens même du public au profit du privé.

Il est temps de brancher notre indignation aux réseaux de solidarité. Des collectifs comme le Front pour une justice énergétique exigent une réappropriation populaire de l’électricité québécoise : tarification progressive, reconquête du contrôle citoyen, redistribution des surplus. Ils ne demandent pas la charité : ils exigent la justice. C’est maintenant le rôle de chaque plume, de chaque voix d’annoncer haut et fort que l’injustice énergétique n’est que le miroir incandescent d’un système entier à renverser. Hydro engrange, mais nous subissons l’onde de choc.

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