Encore une fois, des milliers d’usagers du REM ont vu leur matinée compromise par une panne majeure entre Côte-de-Liesse et la Gare Centrale. Loin d’être un incident isolé, ce nouvel accroc s’ajoute à une série de défaillances qui soulèvent des questions préoccupantes sur la fiabilité d’un projet largement financé par des fonds publics, mais géré selon une logique privée. Il est temps d’interroger les fondements du modèle de Partenariat Public-Privé (PPP) appliqué au Réseau express métropolitain, qui dissout la responsabilité publique dans une gouvernance floue et peu redevable.
Le cas du REM illustre bien les risques structurels des PPP lorsqu’il s’agit d’infrastructures aussi critiques que le transport collectif. Bien qu’Ottawa, Québec et CDPQ Infra aient investi près de 8 milliards de dollars, le public n’a que peu de contrôle sur le fonctionnement quotidien du réseau. Les interruptions récentes ne sont pas seulement techniques, elles sont systémiques : conséquence d’une infrastructure opérée par une entité dont l’objectif est la rentabilité à long terme plutôt que la fiabilité immédiate du service.
Pour les usagers, chaque panne est une mise à l’épreuve de plus : perte de salaire, stress accru, options de rechange limitées. Derrière la rhétorique du transport de demain, le REM reproduit une iniquité bien concrète. Les quartiers mal desservis n’ont pas d’alternative, et ceux qui dépendent du REM le paient deux fois : d’abord par leurs taxes, ensuite en pertes personnelles. Cela soulève une question fondamentale : comment justifier que l’accès à la mobilité dans la métropole soit conditionné par les mécanismes du marché plutôt que par les besoins réels de la population?
En matière de finances publiques, la question de la transparence devient incontournable. Le modèle de PPP du REM empêche une reddition de comptes claire. Les dépassements de délais, les révisions d’horaires et les interruptions se succèdent, sans que CDPQ Infra n’ait à rendre des comptes directement aux citoyens ou à leurs représentants élus. Or, en économie comme en démocratie, l’efficacité ne se mesure pas seulement en livrables mais aussi en capacité de répondre au public – ce que ce modèle, tel qu’il est actuellement conçu, échoue à faire.
Repenser le REM signifie plus qu’accumuler des correctifs techniques. Cela implique de remettre en question la logique même qui le sous-tend : considérer la mobilité non comme une marchandise rentable, mais comme un service fondamental ancré dans le bien collectif. Cela exige également de renforcer la gouvernance publique des transports, d’intégrer des mécanismes d’imputabilité réels et d’ouvrir une concertation sur les besoins socio-économiques des citoyens. L’expérience actuelle devrait servir de leçon : quand on privatise la gouvernance, on affaiblit les garanties publiques.





