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Coût du travail : comprendre le piège des bas salaires au Québec

Aller au travail n’a jamais été gratuit, mais pour des millions de Québécois à faible revenu, cela devient une perte nette. Selon une analyse récente, les coûts associés au travail – transport, garde d’enfants, repas, vêtements – dépassent fréquemment 20 000 $ par an pour un ménage modeste. Ces frais représentent une « taxe silencieuse » qui frappe plus durement ceux qui ont le moins de marge de manœuvre. Ces dépenses, bien que souvent invisibles dans les débats publics, pèsent lourdement dans le budget des femmes monoparentales, des travailleurs à temps partiel et de tous ceux pour qui chaque dollar compte.

Le taux d’effort – c’est-à-dire la part du revenu consacrée à ces coûts liés à l’emploi – peut grimper jusqu’à 35 % pour un salarié au salaire minimum vivant en région excentrée. À l’inverse, un professionnel urbain gagnant plus de 80 000 $ par an ne verra que 5 à 10 % de son revenu disparaître dans ces dépenses. Une étude de l’IRIS (2024) démontre que dans certaines villes de banlieue, se déplacer en auto pour le travail représente à lui seul près de 8 000 $ annuellement, une somme difficilement compressible. Quand les services de garde coûtent ensuite 5 000 à 10 000 $ de plus, le travail devient économiquement désincitatif pour plusieurs.

Cette « travail-flation » a des effets cachés mais profonds : elle érode la productivité en dissuadant le retour au travail ou la prise d’emplois à faible revenu, augmente le roulement de personnel et contribue à la pénurie de main-d’œuvre dans certains secteurs clés comme la santé, le commerce de détail ou la petite enfance. Le Conference Board du Canada notait en 2025 que les coûts indirects de non-participation au marché du travail s’élèvent à plusieurs milliards de dollars annuellement en perte de croissance et de recettes fiscales.

Pour contrer cette distorsion, des solutions existent et plusieurs économistes les appuient. L’économiste Armine Yalnizyan plaide pour un accroissement ciblé des services publics gratuits ou subventionnés : transports collectifs, services de garde universels, repas scolaires et soutien à la mobilité. À cela s’ajouterait un crédit d’impôt remboursable couvrant les frais de garde et déplacements pour les travailleurs pauvres. Des villes comme Laval ou Longueuil testent déjà des mesures de gratuité partielle sur le transport pour les travailleurs à bas revenu, avec des résultats encourageants sur la rétention d’emploi.

Ne faisons pas l’erreur de confondre incitations au travail avec simples hausses de salaire. Le combat contre la travail-flation repose sur une reconnaissance lucide de l’économie réelle vécue par les ménages précaires. Si nous souhaitons bâtir une société juste, chaque heure travaillée doit rapporter plus qu’un simple équilibre budgétaire : elle doit améliorer concrètement la vie. Pour cela, il faut que les politiques publiques intègrent non seulement les salaires, mais aussi le coût réel de travailler. L’empathie doit marcher main dans la main avec les chiffres.

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