Parse-clean-Single-post12.item_.json_.imageName-1-94

Automatisation industrielle: quel avenir pour l’emploi manufacturier?

Depuis Saint-Bruno, Tecnar conçoit des équipements robotisés de pointe qu’elle vend aux quatre coins du globe. Sa technologie, souvent intégrée dans des chaînes de production à l’étranger, optimise les procédés industriels, réduit les coûts et contribue à la compétitivité de ses clients. Cette croissance technologique est célébrée comme un succès québécois à l’international. Mais derrière cette réussite se cache un paradoxe : alors que nos entreprises contribuent à l’automatisation ailleurs, nos propres travailleurs de l’industrie manufacturière voient leurs emplois fragilisés par les mêmes dynamiques.

Le gouvernement canadien entretient une relation constructive avec l’entreprise, et les retombées en R&D et en expertise locale sont réelles. Cependant, la multiplication de ces projets sans cadre global soulève des questions. L’automatisation rapide, catalysée par des tensions géopolitiques et une guerre commerciale larvée, pousse les États-Unis, l’Europe et même la Chine à relocaliser tout en robotisant. Cette évolution réduit les besoins en main-d’œuvre directe, surtout les travailleurs les moins qualifiés. Clairement, le risque n’est pas la disparition des usines, mais des postes stables et bien rémunérés dans notre propre pays.

Le Canada accuse du retard sur un point crucial : l’absence d’une stratégie cohérente pour accompagner les travailleurs déplacés par cette transformation. À mesure que des firmes locales participent à la dématérialisation de l’emploi industriel mondial, nos politiques sociales n’évoluent pas au même rythme. Présentement, peu de programmes soutiennent les transitions professionnelles vers des secteurs porteurs ou intègrent la formation continue pour adultes. Le filet de sécurité offert aux victimes de cette mutation est souvent temporaire, inadéquat, et surtout réactif plutôt que préventif.

Pourtant, des pistes existent ailleurs. En Suède et en Allemagne, des politiques industrielles proactives associent automatismes, relocalisation et maintien de l’emploi qualifié. Ces modèles misent sur des partenariats entre État, entreprises et syndicats afin de planifier les transitions technologiques. Le Danemark, de son côté, investit massivement dans la formation professionnelle personnalisée des adultes, garantissant une adaptabilité rapide aux mutations économiques. Ces exemples montrent qu’il est possible de conjuguer automatisation avec justice économique, à condition d’en faire un choix politique assumé.

Il ne s’agit pas ici de freiner l’innovation ou de diaboliser la technologie. Mais de repenser notre manière de collectivement en absorber les effets. Si nous voulons que les réussites internationales comme celles de Tecnar profitent aussi aux classes ouvrières locales, il faudra sortir du court-termisme et bâtir une politique industrielle durable. Une politique qui ne se contente pas d’ajouter des robots sur des lignes de production à l’étranger, mais qui renforce ici la dignité, la formation et la sécurité économique du travail humain.

PARTAGER CET ARTICLE