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Emplois verts : 1,2 million de postes à risque avec le ralentissement écologique

En reculant sur la cadence de la transition écologique, Ottawa risque de sacrifier bien plus que des objectifs climatiques : ce sont 1,2 million d’emplois verts potentiels qui sont compromis, selon une étude récente du Centre canadien de politiques alternatives (CCPA). Le ralentissement, issu d’un compromis controversé avec l’Alberta, menace non seulement les cibles environnementales, mais aussi l’élan économique d’une transformation industrielle qui aurait pu redéfinir nos marchés du travail. Dans un contexte où la croissance est molle et l’automatisation progresse, ces emplois auraient représenté un levier social considérable, en particulier pour les régions en reconversion énergétique.

Ces chiffres ne relèvent pas du vœu pieux. Le CCPA, en croisant des prévisions sectorielles, estime que les investissements dans l’efficacité énergétique, le transport durable et les énergies renouvelables pourraient créer 250 000 postes par an jusqu’en 2030. Ces offres d’emploi toucheraient aussi bien des cols bleus que des professionnels techniques, permettant une montée en compétences et une mobilité intersectorielle. Le compromis fédéral-provincial, qui reporte d’importantes mesures de réduction des émissions, affaiblit directement ces dynamiques.

Le coût de l’inaction dépasse largement celui de l’investissement. Une analyse coût-bénéfice réalisée par Clean Energy Canada démontre que chaque dollar investi dans l’économie verte génère de 3 à 5 dollars de retombées économiques, en plus de réductions majeures des dépenses liées aux catastrophes naturelles et aux crises sanitaires exacerbées par le climat. À long terme, retarder la transition équivaut à financer les effets de notre propre passivité. Chaque année gagnée sur la transition est une année de préparation, de formations et d’emplois durables enracinés dans la résilience.

Pourtant, cette stratégie de compromis semble dictée par une logique électorale court-termiste. Ottawa mise sur une paix politique fragile avec l’Alberta plutôt que sur une vision économique concertée. Résultat : des travailleurs des secteurs fossiles continuent d’être ballottés sans feuille de route claire, tandis que ceux des industries émergentes peinent à voir se concrétiser les promesses d’avenir. Sans une planification de la transition juste — qui combine soutien aux communautés, conversion industrielle et innovation — l’économie verte risque de rester une idée abstraite au lieu d’un moteur concret.

Nous avons besoin d’une politique économique qui articule ambition climatique et justice sociale. Cela implique des choix courageux, faits non seulement en fonction des marges parlementaires, mais sur la base d’évidences et d’impacts humains mesurables. En freinant la transition, le gouvernement fédéral délaisse un potentiel économique massif, au moment même où les Canadiens cherchent stabilité, emploi et sens. Ce n’est pas un pari politique, c’est un rendez-vous manqué avec l’histoire — et avec l’avenir du marché du travail.

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