Comme anticipé, la Banque du Canada a maintenu son taux directeur à 5 %, marquant une pause après une année de hausse marquée par l’incertitude économique. C’est une décision tactique destinée à stabiliser l’inflation, tout en offrant aux ménages surendettés un semblant de répit. En clair, les remboursements hypothécaires ne s’alourdiront pas davantage à court terme. Mais ce soupir de soulagement, aussi bienvenu soit-il, ne doit pas masquer la réalité plus vaste : les fondations de notre marché immobilier restent profondément fissurées.
Les chiffres sont clairs. Selon Statistique Canada, le taux moyen d’endettement des ménages demeure au-dessus de 180 %, un sommet historique. Et si les taux cessent de grimper, cela ne veut pas dire que les Canadiens respirent mieux. Environ un propriétaire sur quatre au pays a vu ses coûts d’emprunt exploser depuis le début du cycle de resserrement. Pour les locataires? Les loyers dépassent dans plusieurs villes 40 % du revenu médian, surtout pour les jeunes adultes et les familles monoparentales. Le simple fait de maintenir les taux ne change rien à cette fragilité structurelle.
La vraie urgence, c’est l’accès au logement – et là, notre politique publique piétine. Ottawa a multiplié les annonces et les fonds, mais sans stratégie cohérente. Le marché privé demeure le principal levier, avec les résultats inégaux qu’on connaît : délais d’approbation trop longs, projets suspendus dès que les taux grimpent, et logements abordables qui restent des promesses sur papier glacé. Pendant ce temps, des milliers de Canadiens dérivent entre précarité résidentielle et surpopulation.
Ce que révèle la pause monétaire, c’est le besoin d’une relance fiscale ciblée et intégrée : logement social, incitatifs à la construction décentralisés, révision complète de la fiscalité foncière. Le Canada ne manque pas d’idées – des chercheurs comme Steve Pomeroy ou des coalitions citoyennes proposent des pistes crédibles depuis des années. Ce qu’il manque, c’est un pont entre les outils macroéconomiques comme les taux d’intérêt et les leviers concrets comme l’offre de logement. Sans cette jonction, la Banque du Canada agit seule dans une salle des machines désertée.
Pragmatique, cette décision de statu quo mérite d’être saluée. Elle donne à l’économie une chance de souffler. Mais soyons clairs : aucune banque centrale ne peut, à elle seule, corriger les injustices du logement. Là où les taux plafonnent, l’action publique doit prendre le relais. Sinon, derrière la pause technique se cachera une crise sociale qui, elle, ne fait pas de trêve.





