Le gouvernement Legault vient d’annoncer un appui de 100 millions de dollars à des projets miniers dans le Nord québécois, pendant qu’EXO, réseau de transport collectif de la couronne montréalaise, coupe 600 millions dans ses investissements prévus. Le contraste est saisissant. D’un côté, on subventionne l’extraction de métaux stratégiques sous prétexte de transition énergétique. De l’autre, on réduit l’offre qui permettrait justement de réduire notre dépendance à l’automobile, principal émetteur de GES au Québec. Où est la cohérence?
Rien n’indique que ces choix budgétaires ont fait l’objet d’une évaluation rigoureuse de leurs impacts sociaux et environnementaux. Or, chaque dollar public engagé est porteur de conséquences — sur l’emploi, la qualité de vie, le climat. Subventionner des projets miniers sans garanties claires sur les emplois durables, les conditions de travail locales et la résilience des communautés revient à transférer collectivement notre avenir à une logique de marché court-termiste. Ce n’est pas ainsi qu’on construit une économie verte juste.
La rhétorique gouvernementale évoque souvent une “transition énergétique” pour justifier l’essor de l’extractivisme. Mais cette transition, si elle se fait en facilitant l’exode fiscal des minières, tout en diminuant l’accès aux transports collectifs, devient vite une fiction. Les métaux critiques ne suffisent pas à garantir une transformation écologiquement et socialement responsable. Une société plus verte, ce n’est pas seulement des batteries de voiture électrique, c’est surtout moins de voitures, plus de transports efficaces, et un aménagement du territoire cohérent avec ces objectifs.
Au lieu de présenter ces décisions comme techniques ou neutres, il faut reconnaître qu’elles sont profondément politiques. On choisit ici d’investir en amont, dans l’extraction, plutôt qu’en aval, dans les services collectifs accessibles à tous. Cela trahit une vision qui privilégie le développement économique à tout prix, au détriment de la justice sociale et environnementale. Le fait que ces décisions se prennent sans débat public élargi sur leurs conséquences est en soi problématique.
Il est temps que le gouvernement mette en place une véritable évaluation socio-environnementale de ses choix budgétaires. Cela signifie comptabiliser non seulement les coûts et bénéfices économiques, mais aussi les effets sur les émissions, sur les inégalités d’accès aux services, sur les régions. Empathie et données doivent guider l’arbitrage des dépenses publiques. Parce qu’à l’heure actuelle, nous subventionnons les mines tout en abandonnant les rails. Et il y a là un paradoxe qu’on ne pourra pas éternellement ignorer.





