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Chez Reitmans, les licenciements révèlent une précarité sociale structurelle

La nouvelle est tombée comme un couperet : Reitmans Canada Ltée se sépare de 75 employé·e·s dans ses services administratifs. Majoritairement concentrées au siège social de Montréal, ces coupes représentent environ 10 % de la main-d’œuvre hors magasin. Officiellement, l’entreprise évoque des pressions persistantes dans le commerce de détail et une nécessité de réorganiser ses opérations. Mais au-delà de l’annonce, ce geste ponctue une tendance lourde : celle d’un transfert silencieux des coûts d’ajustement économique vers les salarié·e·s.

Depuis la pandémie et les vagues inflationnistes de 2022-2024, le secteur du commerce de détail subit une transformation structurelle. La consolidation du commerce en ligne, la montée des géants internationaux à bas prix et la contraction du pouvoir d’achat ont mis une pression extrême sur les chaînes nationales. Reitmans n’est pas seule : Simons, Aldo et même Canadian Tire ont recentré leurs opérations ou supprimé des postes. Mais si les bilans financiers montrent souvent un rebond des marges, il semble que ce soit le capital — et non le travail — qui en retire les bénéfices.

Quand une entreprise restructure, les investisseurs saluent l’austérité ; les marchés réagissent positivement, souvent au détriment des salarié·e·s. Dans le cas de Reitmans, qui avait déjà traversé l’ombre de l’insolvabilité en 2020, le personnel paie désormais pour la résilience de l’entreprise. Or, dans un secteur largement féminisé, peu syndiqué, avec des postes souvent précaires et chargés de responsabilités floues, la sécurité d’emploi est une illusion. Il existe peu, voire aucune, balises légales qui contraignent ces décisions en matière de reddition de comptes sociale.

Rencontrée à la sortie du siège montréalais, Amina D., ex-responsable des achats, évoque un climat interne devenu « anxiogène depuis des mois », où « chacun savait que des licenciements venaient, mais personne ne savait qui ni quand ». Du côté syndical, peu de recours : la majorité des départements sont exclus de la syndicalisation, et même là où cela existe, les leviers sont faibles sans volonté politique plus large. Cette asymétrie du pouvoir entre employeurs et employé·e·s appelle à une révision urgente du Code du travail pour mieux encadrer les restructurations dans les secteurs vulnérables.

Des modèles alternatifs existent pourtant. Plusieurs pays nordiques imposent des obligations de reclassement, de consultation syndicale étendue et des filets de sécurité renforcés pour les employé·e·s. Plus près d’ici, des coopératives de travailleurs dans le commerce, comme La Maison Verte à Montréal, montrent qu’il est possible de combiner viabilité économique et respect des salarié·e·s. Si l’État tarde à moderniser les protections du travail, ce sont ces modèles hybrides qui offriront, peut-être, les premiers filets contre la volatilité du capitalisme de détail.

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