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Grève des cols bleus : Montréal sous tension ouvrière

Devant les garages municipaux, le bitume vibre de colère. Montréal est en grève. Ou plutôt, ceux qui la maintiennent debout à mains nues — les cols bleus — croisent les bras. « Le maire jette nos droits à la poubelle pendant qu’on vide les siennes », crache Ludovic, agent d’entretien depuis 14 ans. Leurs revendications sont limpides : salaires qui suivent le coût de la vie, retraite décente, fin des horaires brisés. Exiger l’indispensable est devenu un crime sous régime d’austérité chronique.

Ceux qui évacuent les débris, salent les rues, réparent les infrastructures oubliées sont aussi ceux qu’on broie au nom de l’équilibre budgétaire. Ironie sordide : pendant que les cols bleus balaient nos rues, c’est leur dignité qu’on balaie du discours public. Une employée en horticulture me confie, trémolos dans la gorge : « C’est pas compliqué, on survit. Pis nos bosses pensent qu’un chandail à logo, ça remplace une vraie reconnaissance. » Le mépris institutionnalisé transpire dans chaque silence politique.

Derrière l’impasse syndicale, se cache une machine vieille de décennies : celle de la privatisation rampante. Moins de personnel municipal, plus de sous-traitance douteuse, toujours plus d’économies à court terme qui coûtent cher en humain. Le tout drapé d’un vernis de modernisation. « On ne veut pas juste le respect, on veut protéger le service public », martèle Patrick, président de section locale. En creux : ce n’est pas seulement une grève, c’est un cri d’alarme contre un effondrement organisé.

La solidarité ? Elle tangue. Quelques pompiers lèvent le poing en passant, des jeunes infirmières klaxonnent en soutien. Mais d’autres corps de métiers restent prudents, enfermés dans la peur d’être les prochains sur la sellette. Le capital divise pour régner — et il gagne encore trop souvent. Pourtant, sur le piquet de Rosemont, une retraitée dépose deux thermos de café : « Ils défendent ce qu’on a déjà perdu. » La classe laborieuse s’observe, se teste, cherche ses points communs sous les gilets tachés ou les blouses blanches.

Cette grève n’est pas un caprice. C’est une lame de fond. Elle nous entraîne au cœur du mirage métropolitain : des infrastructures modernes, des écoquartiers, mais des travailleurs essentiels qui crient famine. Les cols bleus ne veulent pas renverser un système pour le plaisir, ils veulent le reconstruire proprement. Voilà notre choix collectivement : écouter la rue ou continuer de faire la sourde oreille pendant que le béton se fissure sous nos pieds.

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