TariqBenSalem_2026-06-11_inflation_super

Inflation américaine : quand Trump parle de « super »

L’inflation américaine vient de bondir à 4,2 % en mai, et Donald Trump, fidèle à lui-même, qualifie cette flambée de « super ». Super pour qui, exactement? Certainement pas pour la mère monoparentale de Detroit qui voit son panier d’épicerie gonfler de 30 $ par semaine, ni pour le travailleur de la construction de Phoenix qui remplit son pickup au prix d’un petit loyer. Cette esthétique du déni, ce trumpisme cosmétique qui repeint la catastrophe en victoire, atteint des sommets grotesques. Pendant que le président parade devant ses partisans en célébrant une économie qu’il prétend « la plus forte de l’histoire », les ménages américains s’enfoncent dans l’endettement et l’épargne s’évapore comme l’eau dans le désert texan.

Derrière cette hausse des prix se cache une réalité géopolitique que l’establishment refuse d’avouer: l’escalade militaire au Moyen-Orient fait flamber le baril. Les bombardements, les sanctions, les stratégies impérialistes des États-Unis et de leurs alliés transforment chaque tension régionale en taxe invisible prélevée directement dans les poches des travailleurs. L’essence à 4,50 $ le gallon n’est pas une fatalité météorologique, c’est le prix du sang et du pétrole, cette alliance mortifère qui nourrit les profits des pétrolières pendant que les caissières de Walmart calculent s’il leur reste assez pour faire le plein jusqu’à vendredi.

Concrètement, l’inflation dévore les salaires américains. Les loyers continuent leur ascension vertigineuse dans les villes moyennes, chassant les familles vers des banlieues toujours plus lointaines. L’épicerie devient un exercice d’arbitrage quotidien: viande ou légumes frais? Médicaments ou facture d’électricité? Les cartes de crédit explosent, les taux d’intérêt grimpent, et les banques se frottent les mains. Pendant ce temps, Trump tweete des drapeaux et des slogans pendant que le quotidien de millions d’Américains ressemble de plus en plus à une partie de Tetris financier où chaque pièce menace de tout faire s’effondrer.

Les marchés, eux, commencent à paniquer. Wall Street, qui applaudissait aveuglément les baisses d’impôts pour les ultra-riches, réalise soudain que l’inflation pourrait forcer la Réserve fédérale à resserrer encore la vis monétaire. Résultat prévisible: récession en vue, licenciements massifs, nouvelle vague de précarité. Mais qui paiera vraiment le prix de ce cycle infernal? Pas les actionnaires de ExxonMobil, certainement. Pas les spéculateurs immobiliers qui transforment chaque crise en opportunité. Ce sont toujours les mêmes qui trinquent: les travailleurs, les locataires, les familles qui n’ont jamais eu de coussin financier et qu’on somme pourtant d’être « résilientes ».

Le trumpisme n’est pas qu’une aberration politique, c’est le symptôme terminal d’un capitalisme qui a perdu toute connexion avec la réalité matérielle des gens. Qualifier une inflation qui étrangle les ménages de « super », c’est cracher au visage de ceux qui peinent à survivre. Mais cette déconnexion n’est pas propre à Trump: elle traverse tout le spectre politique américain, démocrates compris, incapables de remettre en question les structures qui génèrent cette misère. L’alternative ne viendra pas des palais présidentiels ni des plateaux télé, elle germera dans les mouvements de locataires qui refusent les expulsions, dans les syndicats qui arrachent de vrais salaires, dans les collectifs qui organisent la solidarité concrète. Parce qu’entre les slogans « super » et la réalité des caddies vides, il y a un gouffre que seule l’action collective peut combler.

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