Camille-Dufresne-2026-06-22-pendant-que-leurope-brule-les-fossiles-coulent

Canicule européenne : le choc climatique et l’hypocrisie

La France multiplie les restrictions temporaires liées aux épisodes de canicule, tandis que les thermomètres dépassent localement les 40 degrés. En Espagne, plusieurs événements en plein air ont été annulés ou adaptés en raison de la chaleur extrême. Des villes entières ralentissent sous un soleil de plomb qui transforme l’asphalte en four et les appartements mal isolés en pièges potentiellement mortels. Voilà la réponse politique à l’urgence climatique en 2025 : des mesures souvent présentées comme ponctuelles ou symboliques, pendant que les mêmes gouvernements continuent d’autoriser de nouveaux projets liés aux énergies fossiles et de soutenir fortement le transport aérien. On suffoque, mais le système continue d’alimenter le réchauffement avec la bénédiction des élites. Cette canicule n’est pas une anomalie : elle s’inscrit dans une tendance que les scientifiques du climat annoncent depuis des décennies à mesure que les émissions de gaz à effet de serre augmentent.

Qui souffre en premier sous ces vagues de chaleur ? Pas les ministres dans leurs bureaux climatisés, pas les PDG des multinationales qui s’envolent vers des résidences secondaires en altitude. Ce sont les personnes âgées isolées dans des HLM-fours, les travailleurs de la construction qui bossent dehors parce que leur employeur refuse d’arrêter le chantier, les sans-abri pour qui chaque degré supplémentaire accroît les risques pour la santé. Ce sont les mères monoparentales qui n’ont pas les moyens d’acheter un ventilateur et les précaires dont les logements sont des passoires thermiques. La crise climatique a une géographie de classe brutale, et elle frappe d’abord celles et ceux que le capitalisme a déjà abandonnés.

Pendant ce temps, les discours officiels parlent d’« adaptation » et de « résilience » comme si l’on pouvait simplement s’habituer à des chaleurs toujours plus extrêmes. On nous dit de boire de l’eau, de rester à l’ombre, de faire attention aux personnes vulnérables. Mais personne ne parle sérieusement de sortir rapidement des énergies fossiles, de stopper les projets d’autoroutes qui bétonnent les derniers îlots de fraîcheur, de nationaliser l’énergie pour garantir un accès universel au rafraîchissement dans les lieux publics. L’État déploie des fontaines temporaires et des brumisateurs pendant que TotalEnergies et d’autres groupes continuent d’investir dans de nouveaux projets pétroliers et gaziers. C’est l’hypocrisie institutionnalisée : gérer les symptômes sans jamais toucher aux causes.

Les mouvements de jeunes pour le climat l’ont hurlé pendant des années : chaque dixième de degré compte, chaque tonne de CO2 émise aggrave les risques climatiques. Mais les sommets internationaux accouchent souvent de promesses insuffisantes et les plans climatiques nationaux ressemblent davantage à des stratégies de greenwashing qu’à des transformations systémiques. On nous vend la transition écologique comme un marché, avec des crédits carbone et des technologies miraculeuses, alors qu’il faudrait une révolution : sortie rapide des énergies fossiles, réquisition des logements vides pour protéger les vulnérables, redistribution radicale des richesses pour financer l’adaptation. Mais ça, ça touche aux profits, donc c’est impensable pour les gouvernements au service du capital.

Cette canicule européenne est un miroir tendu à notre impuissance collective organisée. Elle expose le fossé entre l’urgence réelle et l’inertie politique, entre les besoins des populations et les intérêts des pollueurs. La justice climatique ne viendra pas des sommets ni des plans gouvernementaux édulcorés. Elle viendra de la rue, des grèves, des occupations, de la désobéissance civile qui bloque les infrastructures fossiles et exige la fin du règne des multinationales. Pendant que l’Europe brûle, il est temps de choisir : continuer de cuire dans le statu quo ou renverser la table. Parce que le climat, lui, n’attend pas nos débats parlementaires pour continuer de se dérégler.

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