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Terrain de jeu détérioré à Laval : le cri d’alerte des parents

Chaque samedi matin, Amélie Tremblay accompagne ses deux garçons au parc Saint-Martin à Laval. Mais ce qui devrait être un moment de joie familiale s’est transformé en source d’anxiété constante. «Je passe mon temps à surveiller où ils posent les pieds, raconte cette mère de famille. Les trous dans le gazon synthétique sont partout, les coutures se détachent. Mon plus jeune s’est tordu la cheville en tombant dans une crevasse cachée par l’herbe.» Son témoignage fait écho à celui de centaines de parents lavallois qui voient leurs enfants évoluer sur des surfaces dégradées où chaque sprint peut devenir un accident.

Les entraîneurs bénévoles, piliers souvent invisibles de nos communautés, vivent cette situation avec une impuissance douloureuse. Marc-Antoine Bélanger entraîne une équipe de soccer féminin depuis six ans dans le quartier Sainte-Rose. Il parle avec émotion de ces fillettes de huit ans qu’il doit constamment mettre en garde contre les zones dangereuses du terrain. «On leur apprend à jouer au soccer, mais aussi à éviter les sections où le sol est inégal. Ce n’est pas normal. Ces enfants méritent mieux.» Plusieurs parents ont déjà retiré leurs enfants des ligues locales, préférant payer plus cher pour des installations privées plus sécuritaires, creusant ainsi un fossé économique dans l’accès au sport.

Cette dégradation des infrastructures sportives publiques révèle une réalité plus large sur nos priorités collectives. Les terrains de Laval, dont certains n’ont pas été entretenus depuis plus de dix ans, deviennent des marqueurs d’inégalité. Dans les quartiers mieux nantis, les associations de parents organisent des collectes de fonds pour réparer eux-mêmes les installations. Dans les secteurs plus modestes, les familles n’ont pas cette capacité et les enfants jouent sur des surfaces que certains qualifient franchement de dangereuses. «C’est aux parents de payer pour ce qui devrait être une responsabilité municipale», déplore Sophie Nguyen, dont la fille joue dans une équipe de Chomedey.

Au-delà des risques physiques évidents, c’est toute une philosophie du vivre-ensemble qui s’effrite avec ces terrains négligés. Les espaces sportifs publics sont des lieux de rencontre, de mixité sociale, d’apprentissage de la vie en communauté. Quand ils tombent en ruine, c’est le tissu social du quartier qui se déchire. Les entraîneurs rapportent une baisse dramatique des inscriptions, les familles se détournent des espaces collectifs, les enfants passent plus de temps devant les écrans. «Un terrain de soccer, ce n’est pas juste du gazon et des buts, c’est le cœur battant d’un quartier», résume Jean-François Mercier, résident de Vimont depuis vingt ans.

Les solutions existent, mais elles exigent une volonté politique de voir ces installations comme un investissement dans l’avenir de nos communautés plutôt qu’une simple dépense. Les parents et bénévoles réclament un calendrier clair de rénovation, une maintenance régulière et une reconnaissance que l’accès à des espaces sportifs sécuritaires est un droit fondamental, pas un privilège. «Nos enfants ne devraient pas avoir à risquer leur intégrité physique pour jouer dehors», martèle Amélie Tremblay. En attendant, les familles lavalloises continuent de naviguer entre espoir et résignation, transformant chaque match en une course d’obstacles où le véritable adversaire n’est pas l’équipe adverse, mais le terrain lui-même.

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