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Expulsion immigration : journal d’une famille broyée

À Lévis, une famille française vit l’enfer bureaucratique que le Canada réserve à celles et ceux qu’il a d’abord courtisés, puis jetés. Installés ici depuis des années, ils se retrouvent aujourd’hui sans statut, sans permis de travail, sans salaire — et bientôt sans toit. Leur crime? Avoir cru que l’immigration était une passerelle vers la dignité, alors qu’elle n’est qu’un corridor de précarité savamment orchestré. Pendant que les politiciens vantent « l’ouverture » du pays, des familles entières sont broyées par une machine administrative qui transforme des vies en numéros de dossier. Ce n’est pas un accident : c’est un système conçu pour maintenir les migrant·es dans un rapport de force asymétrique, vulnérables et taillables à merci.

Le refus du permis de travail a tout déclenché. Du jour au lendemain, le salaire s’évapore, les factures s’empilent, la panique s’installe. Comment payer le loyer quand tu n’as plus le droit de gagner ta vie? Comment nourrir tes enfants quand l’État t’a retiré le seul outil qui te permettait de tenir debout? Cette famille ne demande pas la charité : elle veut travailler, contribuer, s’ancrer. Mais Ottawa préfère les maintenir en apnée administrative, dans cet entre-deux mortifère où tu n’es ni expulsé·e ni reconnu·e, juste suspendu·e au-dessus du vide. C’est la violence sourde de la bureaucratie : pas de coups, pas de sang, juste l’asphyxie lente d’une existence mise en suspend.

Les enfants, eux, ne comprennent pas pourquoi leurs parents parlent à voix basse, pourquoi les visages sont fermés, pourquoi il faut peut-être quitter l’école, les ami·es, le quartier. L’intégration locale, cette fiction chère aux discours officiels, se défait en quelques semaines. Les voisin·es compatissent, certain·es mobilisent, mais ça ne change rien aux formulaires impitoyables d’Immigration Canada. La parentalité devient un champ de bataille : comment rassurer quand toi-même tu ne sais pas de quoi demain sera fait? Comment maintenir une vie digne quand le système te traite comme un problème à régler plutôt qu’une personne à protéger?

Ce qui frappe, c’est l’arbitraire. D’autres familles passent, d’autres restent, selon des critères opaques qui tiennent autant du hasard que de la politique. Le Canada aime se draper dans l’image du pays accueillant, mais il gère l’immigration comme une ressource extractive : on vous veut quand vous servez, on vous jette quand vous coûtez. Cette famille de Lévis n’a jamais cessé de contribuer, mais elle n’est plus rentable sur papier, alors elle devient expulsable. Pas de considération pour les années vécues ici, pour les racines plantées, pour les projets construits. Juste une lettre froide qui annonce : votre temps est écoulé.

Il faut nommer ce système pour ce qu’il est : une machine à produire de la vulnérabilité. Les règles migratoires ne sont pas neutres, elles créent une sous-classe de résident·es perpétuellement précaires, corvéables, taillables, silencieuses. Et tant que les politiques publiques dépendront de cette précarité structurelle plutôt que de garantir des droits, d’autres familles vivront ce cauchemar. À Lévis comme ailleurs, l’urgence n’est pas de pleurer sur des cas individuels : c’est de démanteler un régime d’immigration construit sur l’exploitation et l’insécurité. Parce qu’une société qui traite ses migrant·es comme des variables ajustables n’est pas « ouverte » — elle est juste hypocrite.

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