Dimanche matin, quelques centaines de résident·es ont marché dans les allées du parc Jarry pour hurler ce que la Ville préfère ne pas entendre : non, nos parcs ne sont pas des terrains à lotir. Depuis des mois, un projet de stade de tennis professionnel menace d’amputer ce bien commun, ce poumon vert au cœur de Villeray, pour satisfaire l’appétit d’expansion de Tennis Canada. Devant cette logique brutale qui transforme chaque espace ouvert en opportunité de développement, la colère monte. Car ce n’est pas qu’une pelouse qu’on veut bétonner, c’est notre droit à la ville qu’on grignote, mètre carré par mètre carré.
Le parc Jarry n’est pas un luxe. C’est un refuge contre les canicules qui assomment nos quartiers chaque été, un lieu où les familles respire, où les enfants courent sans surveillance policière, où les aîné·es trouvent de l’ombre. Dans une métropole déjà étouffée par les îlots de chaleur et l’étalement du béton, chaque arbre compte, chaque coin d’herbe compte. Sacrifier cet espace au profit d’infrastructures sportives commerciales, c’est cracher sur les besoins les plus élémentaires de la population pour complaire à une industrie qui promet des retombées économiques dont on ne verra jamais la couleur dans nos poches.
On nous vend un faux dilemme : le sport contre le parc, comme si on devait choisir entre la santé collective et le spectacle professionnel. Mais personne ne réclame la disparition du tennis. Ce qu’on refuse, c’est que Tennis Canada, une organisation privée puissante, annexe un bien public sous prétexte de « rayonnement international ». Le vrai débat, c’est celui-ci : à qui appartient la ville? Aux promoteurs, aux fédérations sportives, aux grandes institutions qui jouent du coude pour s’étendre, ou à celles et ceux qui y vivent, y travaillent, y respirent?
Les promesses de retombées économiques sont toujours les mêmes : emplois temporaires, visibilité médiatique, tourisme. Pendant ce temps, les quartiers populaires manquent de logements abordables, de services de proximité, d’espaces verts accessibles. On nous demande de sacrifier notre qualité de vie pour un spectacle annuel qui enrichira surtout les commanditaires et les hôteliers du centre-ville. Cette logique d’accaparement, c’est celle du capitalisme urbain : privatiser les gains, socialiser les pertes, et laisser les résident·es se battre pour les miettes.
Ce qui se joue à Jarry dépasse un projet de stade. C’est un test de démocratie locale, un rappel brutal que nos élus doivent choisir leur camp. Soit ils protègent les biens communs et respectent la volonté populaire, soit ils se mettent à genoux devant les intérêts privés. Les manifestant·es de dimanche l’ont dit clairement : le parc Jarry n’est pas une réserve foncière à piller. C’est notre patrimoine collectif, notre refuge climatique, notre espace de vie. Et on ne le cédera pas sans se battre.





