Trois-Rivières a vibré dimanche sous les pas de près de 5000 personnes venues hurler une vérité que les gouvernements refusent d’entendre : le communautaire n’est pas un luxe, c’est l’os du système. Sans ces organismes qui ramassent les morceaux de nos vies brisées par l’austérité, par les loyers qui explosent, par la santé mentale qui s’effondre, c’est toute la société qui s’écroule. Pourtant, Québec et Ottawa continuent de traiter ces travailleuses et travailleurs comme des bénévoles glorifiés, leur lançant des miettes budgétaires pendant que les besoins triplent. Cette marche nationale n’était pas une parade : c’était un ultimatum lancé à un État qui privatise les profits et socialise les urgences humaines.
Derrière chaque banderole brandis dans les rues mauriciennes, il y a des salaires de misère, des contrats précaires, des burn-out qui s’accumulent. Les travailleuses communautaires — parce que oui, ce sont majoritairement des femmes — gagnent en moyenne 18$ de l’heure pour accompagner des femmes violentées, nourrir des aîné·es isolé·es, héberger des jeunes en crise ou orienter des personnes immigrantes dans le labyrinthe bureaucratique. Elles paient 1200$ par mois pour un quatre et demi miteux pendant qu’elles tiennent à bout de bras des quartiers entiers que l’État a abandonnés. Le sous-financement chronique n’est pas un accident budgétaire : c’est une stratégie politique qui transforme la solidarité en exploitation.
Ce que les chiffres ne disent pas, c’est l’effet domino de cette négligence calculée. Quand un organisme communautaire ferme ses portes parce qu’il manque 50 000$ pour payer ses loyers et ses salaires, ce sont des femmes seules qui perdent leur seul espace sécuritaire, des aîné·es qui restent cloué·es chez eux sans repas ni visite, des ados en détresse qui n’ont plus personne pour désamorcer la crise avant qu’elle devienne tragédie. Les quartiers populaires deviennent des déserts de services pendant que les tours à condos poussent comme des champignons toxiques. Le communautaire n’est pas un supplément d’âme : c’est l’infrastructure sociale qui empêche l’implosion collective.
Les discours gouvernementaux adorent célébrer « l’engagement citoyen » et « la résilience des communautés », mais cette rhétorique masque un retrait organisé de l’État providence. Pendant que les entreprises privées raflent les subventions et les crédits d’impôt, les organismes communautaires doivent quémander, remplir des formulaires kafkaïens, justifier chaque centime dépensé pour des missions pourtant essentielles. La logique est perverse : on demande au communautaire de colmater les brèches créées par les coupes en santé, en éducation, en logement social, puis on lui refuse les ressources pour le faire dignement. C’est une forme de violence institutionnelle déguisée en partenariat.
La mobilisation de Trois-Rivières lance un message clair aux élu·es : le temps des applaudissements creux est terminé. Les travailleuses et travailleurs communautaires exigent un financement à la mission, indexé, prévisible, qui reconnaît leur expertise et leur rôle central dans la cohésion sociale. Ils réclament des salaires décents, des conditions de travail viables, la fin des appels d’offres humiliants qui les mettent en compétition pour des miettes. Cette marche n’est pas une fin, c’est un début : celui d’une bataille pour arracher au néolibéralisme ce qu’il nous a volé — le droit collectif de prendre soin les un·es des autres sans s’épuiser jusqu’à l’os.





