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Identité sous tension : quand Trump brandit la religion comme arme électorale

Donald Trump croit avoir trouvé une nouvelle ligne d’attaque stratégique en désignant Zohran Mamdani, jeune élu new-yorkais d’origine ougando-indienne et musulman pratiquant, comme un symbole de tout ce qu’il prétend combattre. Dans un appel ciblé aux électeurs juifs avant les élections locales, l’ancien président a misé sur une rhétorique confessionnelle toxique : présenter Mamdani non pas comme adversaire politique, mais comme menace identitaire. Un retour inquiétant à la vieille tactique américaine de diabolisation de l’« étranger domestique » – celle qui a visé hier Ilhan Omar, Rashida Tlaib, et pourrait viser demain toute voix divergent de la norme blanche et chrétienne majoritaire.

Cela n’a rien de nouveau : l’idée que certaines appartenances religieuses rendraient des élus incompétents, suspects ou « anti-américains » se recycle dans toutes les démocraties fragilisées par le populisme. La France a sa propre allergie au voile. L’Inde de Modi a théorisé l’ennemi intérieur musulman. Et quand des figures comme Mamdani se retrouvent prises en étau entre leur foi, leur engagement à gauche, et un racisme institutionnel à l’américaine, c’est le monde entier qu’on entend grincer. L’instrumentalisation identitaire ne connaît pas de frontière : elle parle la langue de l’exclusion, de Paris à Pune, en passant par les urnes locales du Queens.

Heureusement, New York n’est pas la Floride d’avant 2016. L’appel de Trump a déclenché l’effet inverse : des coalitions interconfessionnelles, déjà tissées autour des luttes pour le logement, la Palestine ou les droits civiques, ont réaffirmé leur soutien à Mamdani. Juifs progressistes, musulmans queer, catholiques syndicalistes — tous ont répondu sur le terrain, dans les quartiers, avec une vision partagée de justice. Ces alliances, comme me disait une organisatrice de Jews for Racial & Economic Justice, “ne dépendent pas de l’ADN mais du projet commun.” Un rappel que la solidarité, elle aussi, dépasse les confessions.

Reste que l’attaque de Trump fonctionne aussi à un autre niveau : celui de la suspicion systémique. Être élu musulman dans l’Amérique post-9/11, c’est subir en permanence le doute sur sa loyauté, ses motivations, sa “proximité” avec des enjeux géopolitiques diabolisés. Cette mise en scène du soupçon – qui transforme un accent, un nom, une prière en menace – est un classique de la droite mondiale. Dans chaque région où le pouvoir se crispe, les minorités montent sur le banc des accusés symboliques. Une stratégie bien rodée que les dictateurs adaptent, du Gujarat à Gaza.

Mais ce scénario à ciel ouvert a aussi une conséquence positive : il rend visibles les lignes de fracture, et donc les solidarités potentielles. Car ce que Trump tente d’enfermer dans une logique binaire “eux contre nous” expose au fond la possibilité d’un “nous” bien plus large — interconfessionnel, migrant, queer, populaire — qui refuse l’opposition entre sécurité et diversité. Dans cette guerre culturelle planétaire, chaque Mamdani qui résiste prend place dans une fresque bien plus grande. Celle d’un monde où la religion n’est pas prétexte à l’exclusion, mais à la convergence des luttes.

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