On nous sert des chiffres froids comme preuve de progrès : les loyers auraient baissé à Montréal. Mais une moyenne ne chauffe pas une cuisine vide. Quand le haut de gamme décélère de quelques centaines de dollars, pendant que les loyers des 3 ½ insalubres stagnent ou flambent, qui ose parler d’embellie ? Derrière ce mirage statistique, la réalité est brute : les locataires précaires crèvent toujours la dalle, étranglés par des hausses injustifiables, ou expulsé·es en douce par les ruses légales des spéculateurs.
« On m’a mis dehors pour ‘rénovation’ », nous dit Hamid, père de deux enfants et travailleur à temps partiel au salaire minimum. « Trois mois plus tard, mon ancien logement est sur AirBnB à 175 $ la nuit. J’ai tout perdu — mon quartier, mon école, ma dignité. » C’est ça, Montréal. Une ville où l’on casse des vies pour poser du comptoir neuf et profiter des touristes. Où une rengaine néo-libérale ultra-connectée se fait passer pour modernité, pendant qu’au sous-sol, les fondations communautaires s’effondrent.
Les décideurs agitent la carotte des « baisses moyennes » pour éviter d’avancer sur ce qui compte vraiment : construire massivement du logement social, réguler les loyers en fonction du revenu, exproprier les spéculateurs professionnels. Car en vérité, il ne manque pas d’espace, ni d’argent — il manque de volonté politique pour affronter le capital immobilier. La peur d’enrager les riches pèse plus lourd que les cris des évincé·es.
Chaque jour, le marché prend plus de place que l’humain. On laisse les tours pousser pendant qu’on coupe les vivres aux coops. On permet que des milliers de logements restent vides alors que des femmes dorment dans leur voiture avec leurs enfants. C’est une guerre de classe déguisée en dérèglement du marché. Les règles sont faussées, les dés toujours du côté des propriétaires à plusieurs numéros de porte et zéro remords.
Il est temps de remettre le logement dans les mains de celles et ceux qui y vivent, pas de ceux qui en tirent profit. Déclarons la spéculation illégitime. Réquisitionnons les bâtiments vides. Imposons une taxe foncière progressive pour financer un Québec où l’on peut habiter sans s’endetter à vie. Parce qu’un toit, ce n’est pas juste un plafond — c’est la base de la dignité humaine. Et cette base, ils sont en train de la dynamiter tranquille, pendant qu’on regarde des moyennes baisser.





