Le gouvernement Legault a annoncé une baisse marquée des seuils d’immigration dans la province, au nom de la « capacité d’accueil » et de la protection du français. Mais sur le terrain, ce sont surtout des étudiant·es internationaux, des travailleurs temporaires et des personnes racisées qui paient le prix de cette fermeture. Hamza, 27 ans, originaire du Maroc, devait débuter un stage en génie civil à Sherbrooke cet hiver — visa refusé sans explication claire. « J’avais une promesse d’embauche, un logement, mais j’ai compris que je n’étais pas le bienvenu », confie-t-il depuis Casablanca.
Ce recentrage identitaire, aux airs de populisme tranquille, s’inscrit dans une vague plus large de crispation politique parmi les démocraties occidentales. En Europe, l’Allemagne limite les regroupements familiaux, la France serre la vis sur les étudiants africains, et au Royaume-Uni, les visas des soignants étrangers sont désormais émis au compte-goutte. Dans tous les cas, les discours de souveraineté culturelle masquent mal une réalité économique : ce sont des travailleurs du Sud global, souvent racisés, qui tiennent debout les soins de santé, les restaurants, le BTP. Québec n’y échappe pas.
Or, ce repli sur soi ne protège pas le « vivre ensemble » — il le fragilise. Tandis que le discours politique évoque l’intégration difficile, les chiffres montrent que les régions québécoises en pénurie de main-d’œuvre réclament davantage d’immigration, pas moins, comme le démontre Maya dans notre dossier jumelé. Mais pour un ou une candidate racisée venue d’Afrique, d’Haïti ou du Moyen-Orient, l’accès à la résidence permanente devient une course d’obstacles alimentée par une bureaucratie opaque et des critères sans cesse changeants. « On nous invite, puis on nous ferme la porte au dernier moment », s’indigne Natacha, infirmière camerounaise en attente depuis deux ans d’un CSQ.
Dans un monde globalisé où les inégalités traversent les frontières plus vite que les passeports, cette fermeture est un leurre. Elle participe au désengagement global des pays du Nord vis-à-vis de la solidarité internationale. Le Canada se targue d’être accueillant — mais l’image s’effrite. Comme l’a récemment rappelé une coalition de groupes communautaires à Montréal, les politiques migratoires restrictives génèrent précarité, ostracisme et isolement. C’est là que l’image universaliste du Québec se heurte à une autre réalité : l’identité est invoquée comme barrière, pas comme pont.
Il est temps de poser la vraie question : quels projets de société voulons-nous ? Un Québec replié sur une idée monochrome de lui-même, ou une province qui embrasse la complexité du monde — et en tire force et solidarité ? Les choix politiques d’aujourd’hui dessinent notre futur collectif. Et ce futur ne pourra se construire que si l’on cesse de traiter l’immigration comme un problème à résoudre, plutôt qu’une richesse mal organisée.





