Black Friday, ce vieux rituel du capitalisme en transe, déploie encore ses tentacules cette année, et les géants des télécoms mènent le bal avec un cynisme affûté. En pleine crise du logement, en pleine inflation, alors que les étudiant·es choisissent entre bouffer ou chauffer, Bell, Telus et leurs clones nous bombardent de «rabais» qui ne sont que des chaînes dorées. Des offres-pièges, empaquetées d’illusions numériques, où on vous offre un téléphone «gratuit» – si vous signez votre budget à un contrat de trois ans. Mise en dette déguisée, pour un accès devenu essentiel. La pauvreté n’a pas besoin de 5G. Elle a besoin de dignité.
Ces géants n’offrent pas. Ils extraient. Chaque pub est une gifle: «Tu veux être connecté? Paye.» L’Internet, devenu besoin vital, est encore accaparé par des monopoles qui se parent de promesses vert fluo. Pendant ce temps, les plus précaires s’endettent pour rester visibles dans un monde toujours plus numérisé. La solidarité n’est pas clickable. Le capitalisme numérique recrée l’exclusion avec des algorithmes et des factures impossibles. Leur soi-disant générosité est un miroir brisé : elle ne reflète que nos dépendances forcées.
Il faut arrêter de confondre consommation et participation. On ne vote pas avec notre portefeuille dans un système où 90 % des options sont toxiques ou dominées par des groupes tentaculaires. Acheter un produit local, souvent plus cher parce qu’il respecte les gens et la planète, n’a rien à voir avec surconsommer des gadgets importés sous contrats en petits caractères. Participer, c’est soutenir une économie qui ne mange pas le vivant. Ce vendredi, ne cédez pas. Résistez à l’attrait des néons. Choisir c’est aussi dire non.
Les rabais asphyxient aussi nos marchés de quartier. Pendant que les foules se ruent dans les centres commerciaux, des artisan·es, des libraires indépendants, des boulanger·es locaux ferment boutique. Les multinationales étouffent les alternatives, souvent subventionnées à milliards pendant que les petits producteurs se démènent avec des miettes. Nous devons nous réapproprier nos achats comme on se réapproprie nos rues : collectivement, avec conscience, avec rage fraternelle. Acheter peut être un acte politique, mais seulement quand il ne reproduit pas l’injustice.
Ce vendredi fou, la seule chose en solde, c’est notre sens critique. Luttons contre l’illusion de l’offre immanquable. Soulevons nos désirs au lieu de les vendre aux plus offrants. Il est temps de réinventer l’abondance : celle des liens, de l’autonomie, des économies solidaires. Ne nous laissons pas hacker le cœur par des prix cassés. Face aux vitrines rutilantes, répétons-le : on ne veut pas d’un monde où survivre coûte toujours plus cher, pendant que les profits grossissent dans des paradis fiscaux. Ce n’est pas une bonne affaire. C’est une guerre de classes emballée comme un cadeau.





