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Chauffeurs en grève, société à l’arrêt

Ils font rouler la ville et on les traite comme s’ils n’étaient que des rouages remplaçables d’une vieille mécanique capitaliste. Depuis hier, des dizaines de chauffeurs d’autobus de la STM ont levé le pied sur l’accélérateur — pas pour se reposer, mais pour hurler leur épuisement à une société sourde. « Ç’a fait sept jours de suite que j’ai fini trop tard pour voir mes enfants éveillés », souffle Josué, chauffeur depuis 14 ans. Il parle de salaires stagnants pendant que le coût de la vie monte comme un thermomètre en juillet. Il parle d’horaires cassés, de toilettes fermées dans les terminus, de passagers stressés qui explosent, physiquement parfois. Il parle surtout de se faire traiter comme un pion dans un jeu sans règle.

« On est supposés être essentiels, mais on n’a même pas le droit d’être fatigués. » La formule revient. Gravée sur des pancartes, martelée dans les mégaphones syndicaux, elle résonne surtout dans les tripes d’une population qui, entre deux retards, oublie que derrière chaque volant, il y a un cœur qui bat. Les usagers râlent, bien sûr — mais râler contre les seuls qui tiennent encore debout, c’est exactement ce que le système veut. Parce que pendant qu’on s’engueule dans les abribus, les dirigeants municipaux — ceux censés faire de cette ville un endroit vivable — se planquent derrière des communiqués vides, bien à l’abri dans leurs SUV de fonction.

Ce qu’on appelle « service essentiel » n’a de sens que si on le finance, qu’on le respecte. Mais à Montréal comme ailleurs, les gouvernements appliquent l’austérité avec un vernis vert. Ils brandissent le transport collectif comme un pilier de la lutte climatique, mais refusent de payer celles et ceux qui l’assurent au quotidien. Ironie criminelle. Résultat? Moins de conducteurs, plus de cancels, des métros bondés ou fantômes. Et pendant que les bus dorment, les chars polluent — et le rêve d’une ville écologique fout le camp dans les bouchons du dimanche matin.

Cette grève, ce n’est pas juste une histoire de conventions collectives. C’est un rappel brutal que sans justice sociale, la transition écologique est une farce. Si on veut une ville verte, il faudra d’abord qu’elle soit juste — habitée par des gens qui peuvent se loger, travailler dignement, respirer sans s’essouffler. Il faudra écouter les porteurs du quotidien, ceux qui tiennent la communauté sur leurs épaules — pas seulement les technocrates en costume qui prétendent planifier l’avenir depuis leurs tours de verre.

La STM, c’est bien plus que des lignes sur une carte : c’est le sang qui irrigue notre ville vivante. Mais ce sang s’épuise, hémorragie lente d’ouvriers oubliés. À nous de rebrancher le cœur. À nous de choisir : vivre dans une société qui roule sur la dignité… ou dans une carcasse d’apparences où tout le monde tombe en panne, sauf les profits. Levez la tête : les chauffeurs sont en grève, et c’est Montréal qui est à l’arrêt — pour mieux repartir, peut-être, autrement.

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