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Chômage au Québec : un mirage statistique

Le Québec peut aujourd’hui se targuer d’afficher le plus faible taux de chômage au pays, avec un impressionnant 5,3 %. Sur papier, cela semble témoigner d’une économie en santé. Toutefois, à y regarder de plus près, de nombreux indicateurs révèlent une précarité croissante derrière cette façade prometteuse. Plus de 30 % des emplois créés dans les 12 derniers mois sont à temps partiel, dont une part significative relève de contraintes économiques. Pour plusieurs travailleuses et travailleurs, l’enjeu n’est plus de travailler ou non, mais de pouvoir vivre décemment de leur travail.

« Je travaille 28 heures par semaine comme préposée, avec des horaires jamais fixes. Je veux plus d’heures, mais il n’y en a pas », confie Myriam, 29 ans, mère monoparentale à Sherbrooke. Son témoignage illustre un phénomène que les chiffres généraux ne capturent pas : les emplois dits “occupés” masquent souvent une instabilité structurelle. Beaucoup de jeunes et de néodiplômés acceptent des postes sous-payés ou déconnectés de leurs qualifications, accentuant un sentiment de déclassement. Cette surqualification involontaire alimente une forme d’épuisement invisible, rarement prise en compte dans les décisions politiques.

Le logement représente un autre obstacle majeur à l’accès à un emploi stable. Dans les centres urbains comme Montréal ou Québec, la flambée du coût des loyers freine la mobilité et force bien des personnes à refuser des postes faute de pouvoir se loger à proximité. En région, à l’inverse, la rareté des offres résidentielles freine l’attraction de main-d’œuvre, malgré des besoins criants exprimés par les employeurs locaux. Ce déséquilibre entre emploi et habitation mine la cohésion du marché du travail, pourtant crucial dans une province en mutation démographique rapide.

La carte du chômage révèle aussi des disparités régionales troublantes. Alors que la Capitale-Nationale et l’Estrie profitent d’une dynamique d’embauche favorable, plusieurs territoires comme l’Abitibi ou la Gaspésie demeurent en souffrance, avec peu de diversification économique. À l’échelle du pays, le contraste est aussi saisissant : le taux canadien moyen est de 6,9 %, mais il masque des situations encore plus critiques dans certaines provinces maritimes ou nordiques. Le succès québécois est donc relatif et doit être replacé dans un contexte plus large, tenant compte des réalités de terrain et non uniquement des moyennes statistiques.

Il faudra dépasser la satisfaction d’un indicateur global pour bâtir une économie réellement inclusive. Cela commence par investir dans des logements abordables, soutenir les entreprises sociales dans les régions et sécuriser des parcours professionnels stables pour les jeunes. Les chiffres du chômage sont un thermomètre utile, mais ils ne font pas la température du quotidien des travailleurs. À nous de remettre l’humain, avec ses contraintes et ses aspirations, au cœur des politiques de l’emploi.

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