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Compressions budgétaires Québec : à quel prix social?

Le plan de retour à l’équilibre budgétaire présenté par le gouvernement du Québec prévoit des compressions de près de 6,5 milliards de dollars d’ici 2029-2030. Bien que les détails varient selon les ministères, les secteurs de la santé, de l’éducation et des services sociaux devraient absorber l’essentiel de l’effort. Dans un contexte de coût de la vie en hausse et de pénurie de personnel, ces coupes soulèvent des questions fondamentales sur les priorités collectives et la durabilité sociale du modèle québécois.

Le récent rapport du Vérificateur général révèle plusieurs risques associés à cette stratégie. D’une part, l’absence de données claires sur les impacts des compressions compromet une évaluation rigoureuse de leurs effets. D’autre part, en ciblant les « dépenses de fonctionnement », le plan s’attaque à des services de première ligne déjà fragilisés. L’austérité, ici, n’est pas une réponse temporaire à une urgence budgétaire : elle devient une orientation structurelle, dont les effets cumulatifs risquent d’accentuer les inégalités régionales et sociales.

En santé, cela pourrait signifier moins de personnel dans les CLSC, des retards accrus en soins à domicile, ou une pression encore plus forte sur les urgences. En éducation, le gel ou la réduction de postes de soutien, d’enseignant·es et de technicien·nes risque d’augmenter le décrochage et d’aggraver les inégalités scolaires. Les services sociaux, essentiels en période de détresse économique, ne peuvent se permettre d’être comprimés sans conséquences humaines — notamment pour les aîné·es, les personnes en situation d’itinérance ou les familles monoparentales.

L’équilibre budgétaire est une ambition légitime. Mais les moyens d’y arriver relèvent d’un choix. Le cas du Danemark, par exemple, montre qu’un contrôle rigoureux des finances publiques peut coexister avec un investissement continu dans les services sociaux. La différence tient souvent à la structure fiscale : élargir l’assiette, lutter contre l’évasion, ou revoir certains crédits aux entreprises, peut offrir des marges budgétaires sans recourir aux coupes. Ici, le gouvernement évite un vrai débat sur les autres leviers économiques disponibles.

Pour les régions déjà en déclin démographique et économique, et pour les populations les plus vulnérables, ces compressions frappent plus fort. L’austérité frappe rarement de manière neutre : elle creuse des écarts que les services publics visaient justement à réduire. Plutôt que de réduire la taille de l’État, ne faut-il pas repenser son rôle? Il est encore temps d’examiner des alternatives : fiscalité plus équitable, investissements anticrise ciblés, croissance verte créatrice d’emplois décents. La rigueur budgétaire ne peut se faire au détriment de notre solidarité collective.

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