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Crise des médias : un danger pour la démocratie selon Alex

La mise à jour économique présentée cette semaine n’accorde aucune mesure structurante ni soutien ciblé au secteur des médias, malgré des appels répétés provenant des acteurs de l’industrie, notamment ceux des régions et des titres indépendants. Dans un contexte où le modèle d’affaires traditionnel s’effondre, l’absence d’un engagement clair du gouvernement représente davantage qu’un trou dans les budgets : c’est un signal inquiétant sur la place qu’occupent les médias dans notre vision collective de la démocratie.

Selon Statistique Canada, les revenus publicitaires des journaux ont chuté de 74 % depuis 2008. Les plateformes numériques accaparent aujourd’hui près de 80 % des dépenses publicitaires, sans retourner une part équitable à ceux qui produisent l’information de qualité. Résultat : des salles de nouvelles ferment, des journalistes sont remerciés, et la couverture locale – pilier de la vie civique – s’effrite. La disparition des médias dans certaines régions crée des « déserts d’information » où les citoyens perdent non seulement l’accès à une presse libre, mais aussi à des outils critiques d’analyse et de participation.

Il est illusoire de penser que le marché, en l’état, suffira à maintenir un écosystème médiatique diversifié et viable. Une démocratie en santé repose sur une pluralité de voix et sur des mécanismes solides d’information et de responsabilisation du pouvoir. La concentration croissante de la propriété médiatique, combinée à la précarisation des journalistes, rend plus difficile la production d’un journalisme d’enquête et de proximité. Laisser les médias se fragiliser, c’est créer un vide que les algorithmes et les désinformations rempliront sans nuance ni rigueur.

Ce n’est pas un appel à des subventions ponctuelles, mais à une réelle politique publique de la presse : universelle, indépendante du pouvoir politique et adaptée aux réalités numériques. Plusieurs pays européens expérimentent des fonds publics de soutien à la production journalistique, attribués selon des critères de mission, de transparence et de portée sociale, loin des logiques de sauvetage au cas par cas. Une telle approche permettrait de pérenniser le rôle citoyen des médias sans compromettre leur autonomie éditoriale.

La crise actuelle n’est pas strictement économique ; elle est fondamentalement civique. Chaque titre qui disparaît, chaque poste de journaliste perdu, appauvrit le débat public et réduit la capacité des communautés à se comprendre, à débattre, à décider. Il est urgent que la politique économique embrasse cette réalité avec la même rigueur que pour les chaînes d’approvisionnement ou les infrastructures numériques. Car sans information, il n’y a pas de démocratie digne de ce nom.

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