Au troisième trimestre de 2025, l’économie canadienne a crû de 2,6 %. Cet indicateur, souvent vu comme un baromètre de santé économique, semble de prime abord encourageant. Pourtant, un sondage récent révèle qu’à peine 24 % des Québécois disent se sentir financièrement à l’aise. Ce décalage criant entre la macroéconomie et la réalité quotidienne soulève une question essentielle : pour qui la croissance profite-t-elle vraiment ?
Le Produit intérieur brut (PIB) mesure la valeur totale des biens et services produits dans une économie. Mais il n’indique ni comment cette richesse est distribuée, ni si elle améliore le bien-être humain. Un chiffre peut monter, même si les loyers dévorent la moitié du revenu, que l’épicerie impose des choix difficiles, et que les contrats précaires dictent le quotidien. Dans ce contexte, la croissance devient une abstraction éloignée des vies vécues.
À Longueuil, Josée, 38 ans, travaille à temps plein au salaire minimum dans une chaîne d’entretien ménager. Malgré sa charge de travail, elle vit sous le seuil de la pauvreté. « Je contribue à l’économie, mais je n’en vois jamais les fruits », confie-t-elle. Comme elle, des milliers de travailleurs essentiels participent à faire tourner la machine économique, sans jamais goûter aux bénéfices annoncés par les bilans trimestriels.
Depuis des années, des économistes remettent en question l’hégémonie du PIB comme indicateur unique. Des alternatives existent : l’Indice de développement humain (IDH), l’Indice canadien du mieux-être (ICME), ou encore des propositions hybrides comme le « PIB 2.0 », qui pondèrent la croissance par l’inclusion, l’environnement et la santé collective. Ces indices offrent un portrait plus juste de la réalité vécue par les citoyens, en intégrant le facteur humain dans les comptes nationaux.
Le défi, pour les gouvernements, n’est pas seulement de faire croître l’économie, mais de s’assurer que cette croissance réduise les inégalités, renforce les services publics et améliore concrètement la vie des gens. Sans cela, les chiffres du PIB, aussi vertigineux soient-ils, ne seront qu’un mirage comptable, déconnecté d’un pays où près de trois Québécois sur quatre peinent à joindre les deux bouts. Empathie et données doivent marcher main dans la main, pour bâtir une économie à hauteur d’humain.





