AlexandreFortier_2026-06-11_ACEUM_saborde

Dépendance commerciale Canada : Trump saborde l’ACEUM

Donald Trump vient de claquer la porte au nez du Canada. En refusant de renouveler l’Accord Canada–États-Unis–Mexique, le président américain ne fait pas que torpiller un traité commercial : il expose au grand jour la servitude volontaire dans laquelle Ottawa s’est enfermée depuis des décennies. Pendant que nos élites politiques et économiques célébraient l’intégration continentale comme un horizon indépassable, elles construisaient méthodiquement notre prison économique. Aujourd’hui, 75 % de nos exportations partent vers un seul client qui nous traite comme un dépanneur de quartier, corvéable à merci. Ce n’est pas une relation commerciale, c’est une relation de domination.

Les secteurs qui vont encaisser le choc révèlent toute l’absurdité de notre modèle extractiviste et exportateur. L’automobile, l’agriculture industrielle, le pétrole albertain : voilà les piliers de notre « prospérité », entièrement tributaires du bon vouloir impérial américain. Des milliers d’emplois dans le manufacturier ontarien, des fermes laitières québécoises, des plateformes pétrolières de l’Ouest pendent maintenant au bout d’un fil que Trump peut couper quand ça lui chante. On nous a vendu cette intégration comme de la modernité; c’était en réalité une mise sous tutelle économique déguisée en libre-échange.

Le gouvernement Carney parle maintenant de « diversification commerciale » et de « résilience industrielle » comme si c’étaient des innovations révolutionnaires. Mais ces mantras creux sonnent comme des aveux d’échec. Pourquoi n’a-t-on pas bâti cette autonomie avant, quand les signaux d’alarme hurlaient déjà sous Harper, Trudeau, et tous les autres? Parce que notre classe dirigeante a fait le pari cynique que l’Empire resterait bienveillant, que les chaînes d’approvisionnement ne se briseraient jamais, que l’extractivisme pourrait durer éternellement. Aujourd’hui, elle se réveille dans un monde où Washington se fout royalement de nos intérêts.

L’urgence n’est pas de supplier Trump de reconsidérer, ni de négocier des miettes en position de faiblesse. L’urgence, c’est de casser ce modèle colonial qui fait de nous des exportateurs de matières premières et des importateurs de produits finis, des vassaux économiques incapables de nourrir, loger et outiller leur propre population sans la permission américaine. Relocaliser la production alimentaire, investir massivement dans les énergies renouvelables et les technologies vertes, construire des circuits économiques régionaux, transformer nos ressources ici plutôt que de les brader ailleurs : voilà le chantier que cette crise devrait déclencher.

Mais n’attendons rien des Carney, Champagne et autres gestionnaires du statu quo. Leur « autonomie économique accrue » se résumera à quelques subventions aux entreprises et des missions commerciales en Asie, pendant que les mêmes logiques capitalistes et extractivistes continueront de nous étrangler. Le vrai changement viendra d’en bas : des coopératives agricoles qui nourrissent leur région, des collectivités qui reprennent le contrôle de leur énergie, des travailleuses et travailleurs qui exigent une transition juste plutôt qu’un chèque de licenciement. Trump nous a rendu service malgré lui : il vient de prouver qu’on ne peut pas bâtir un pays sur la dépendance. À nous d’en tirer les conclusions radicales.

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