La mise à jour économique dévoilée hier offre un portrait contrasté des priorités gouvernementales, à mi-chemin entre soutien social minimal et incitatifs au secteur privé. Sur les 8,8 milliards de dollars annoncés en nouvelles mesures d’ici cinq ans, moins de 1,2 milliard sont directement destinés aux ménages les plus vulnérables. Le reste est largement consacré à des crédits d’impôt, notamment pour stimuler l’investissement des entreprises et appuyer les projets liés à la transition énergétique privée. Tandis que les ministres parlent de “rigueur responsable”, plusieurs se demandent pour qui cette responsabilité est exercée.
Du côté des mesures sociales, l’indexation anticipée du soutien aux aînés à faible revenu en 2025 et le gel des tarifs d’Hydro-Québec suscitent peu d’enthousiasme des groupes communautaires. Bien que ces gestes offrent un soulagement ponctuel, ils ne s’attaquent pas au déséquilibre croissant entre revenus et coût de la vie. À titre d’exemple, l’aide supplémentaire au crédit d’impôt pour solidarité compensera à peine l’inflation cumulative des deux dernières années, selon le Centre d’analyse des politiques fiscales. En d’autres mots, ce sont des rentes d’ajustement, pas des moteurs d’équité.
En parallèle, les entreprises bénéficient d’incitatifs plus généreux, avec une extension du crédit d’impôt pour investissements majeurs au-delà de 2030. S’il est vrai que stimuler la productivité est crucial – surtout dans un contexte de vieillissement démographique et de rareté de main-d’œuvre – l’absence de conditions liées à la qualité des emplois créés ou au respect des normes environnementales alimente les critiques. Des économistes comme Mia Homsy notaient déjà, l’an dernier, que sans balises claires, ces crédits risquent davantage de bonifier les marges que de changer les pratiques industrielles.
Les syndicats et plusieurs regroupements communautaires dénoncent une austérité camouflée. Le Front commun évoque un “manque criant de réinvestissement dans les services publics” et s’inquiète d’un budget anémique pour les infrastructures scolaires et hospitalières. Le discours gouvernemental, qui martèle l’importance de revenir à l’équilibre budgétaire d’ici 2029 sans hausse d’impôts, laisse entrevoir des compressions silencieuses. Or, l’histoire récente nous apprend que réduire les dépenses sociales sans revoir la fiscalité progressiste aggrave les inégalités plus qu’elle n’assainit les finances.
À court terme, cette mise à jour rassure les marchés, mais sur le terrain, les ménages à revenus modestes restent en mode survie. “C’est mieux que rien, mais on a l’impression qu’ils attendent toujours que les plus pauvres prouvent leur mérite pour recevoir de l’aide”, résume Émilie Babin, travailleuse communautaire à Longueuil. En choisissant une croissance par ruissellement plutôt que par inclusion, le gouvernement mise sur une vision où les gains d’aujourd’hui doivent attendre pour devenir les équilibres de demain. Mais ce pari, sans filet social robuste, pourrait s’avérer économiquement coûteux à long terme.





