Le Québec mise gros sur la transition énergétique, avec l’éolien au cœur de sa stratégie. Hydro-Québec prévoit plus de 10 milliards de dollars d’investissements via des partenariats publics-privés, dont une portion significative financée par les contribuables. Pourtant, malgré cet engagement massif, un flou persiste sur la chaîne de valeur industrielle derrière les projets. Les citoyens, qui financent et accueuillent ces infrastructures, demeurent dans le noir concernant les bénéficiaires réels de ces contrats, notamment les fabricants de composantes essentiels comme les tours d’éoliennes.
Selon une enquête récente, Hydro-Québec refuse toujours de divulguer le nom de certains fournisseurs étrangers, notamment asiatiques, évoquant des clauses de confidentialité commerciale. Ce manque de transparence pose un réel problème de reddition de comptes, surtout lorsque des fonds publics sont en jeu. Contrairement à des pays comme le Danemark ou l’Allemagne, où les appels d’offres sont publiquement traçables jusque dans les moindres détails, le Québec conserve une opacité difficilement défendable à l’ère de la gouvernance ouverte.
Ce silence institutionnel soulève des questions fondamentales sur la finalité du développement industriel lié au secteur vert. Qui profite réellement de cette filière? Les PME locales? Les communautés d’accueil? Ou des multinationales étrangères peu enclines à réinvestir au Québec? En ne structurant pas davantage l’écosystème industriel – ni par des exigences d’approvisionnement local ni par des conditions de transformation économique – le risque est grand de rater l’occasion de faire de l’éolien non seulement une énergie verte, mais aussi un levier durable de développement régional.
Le débat s’inscrit aussi dans une tension classique entre protectionnisme économique et efficacité des marchés. Exiger un contenu local plus élevé pourrait renchérir les projets, mais l’absence totale d’encadrement stratégique réduit considérablement les impacts positifs à moyen terme. Plusieurs expériences internationales montrent qu’un équilibre est possible : le Royaume-Uni, par exemple, impose des standards de contenu local croissants tout en restant attractif pour les investisseurs. Le Québec peut s’en inspirer pour éviter de transformer ses régions ressources en simples territoires de transit énergétique.
Quand l’argent public finance la transition, la démocratie exige de savoir comment, pourquoi et pour qui il est dépensé. L’opacité actuelle nuit à la légitimité des projets et mine la confiance citoyenne. Le virage énergétique a besoin d’adhésion populaire; celle-ci ne peut s’obtenir que par une transparence proactive et une stratégie industrielle cohérente au bénéfice du plus grand nombre. L’éolien québécois ne doit pas rester une affaire de vents et de chiffres obscurs, mais devenir un chantier collectif, éclairé de bout en bout.





