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Éoliennes québécoises vendues aux USA : enjeux de souveraineté

Une transaction majeure vient de redessiner la carte de propriété des infrastructures énergétiques renouvelables au Québec. Selon les données compilées par le Journal de Montréal, environ le tiers du parc éolien québécois change de mains pour passer sous contrôle américain. Cette cession d’actifs stratégiques soulève des questions fondamentales sur la gouvernance de notre transition énergétique et sur le contrôle exercé par des intérêts étrangers sur nos infrastructures de production d’électricité verte. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : nous assistons à une concentration croissante de la propriété dans un secteur qui devrait pourtant demeurer au cœur de notre autonomie énergétique.

La portée économique de cette transaction dépasse largement le simple transfert de titres de propriété. Les flux d’investissement qui accompagnent cette opération démontrent l’attractivité du marché québécois pour les fonds américains, certes, mais ils révèlent aussi une vulnérabilité structurelle. Quand des actifs productifs générant des revenus garantis sur plusieurs décennies quittent le giron local, ce sont des dividendes, des profits et des décisions stratégiques qui s’éloignent également. L’analyse des implications financières montre que les revenus futurs issus de la vente d’électricité à Hydro-Québec bénéficieront désormais à des actionnaires étrangers plutôt qu’à des entités québécoises ou canadiennes.

Cette situation n’est malheureusement pas unique dans l’histoire récente du Québec. On se souvient de la vente d’actifs dans les secteurs forestier, minier et même dans certaines infrastructures de transport. Chaque fois, le discours rassurant promet des emplois maintenus et des opérations inchangées. Pourtant, l’expérience démontre que la concentration de propriété entre les mains d’acteurs lointains réduit la capacité d’intervention locale et affaiblit la concurrence. Dans le secteur énergétique, particulièrement sensible, cette perte de contrôle pourrait limiter notre marge de manœuvre dans les décisions d’expansion, de maintenance ou d’intégration au réseau.

Les risques pour l’intérêt public méritent une analyse rigoureuse. Si la production d’électricité demeure réglementée et que les contrats d’approvisionnement sont garantis, la propriété étrangère d’infrastructures critiques pose néanmoins des défis de gouvernance. Qui prendra les décisions en cas de conflit entre rentabilité maximale et besoins énergétiques locaux? Quelle influence auront les communautés régionales sur les projets d’expansion ou de démantèlement? Et surtout, comment s’assurer que les bénéfices économiques générés par nos ressources naturelles – le vent québécois, après tout – profitent d’abord aux Québécois? Ces questions ne relèvent pas du protectionnisme étroit, mais d’une saine gestion des biens communs.

La transition énergétique que nous devons accélérer ne peut se limiter à multiplier les éoliennes et les panneaux solaires. Elle exige aussi un cadre de gouvernance solide, des règles claires sur la propriété des actifs stratégiques et des mécanismes de contrôle démocratique. D’autres juridictions, notamment en Europe, ont instauré des limites à la propriété étrangère dans les infrastructures énergétiques ou ont créé des fonds publics pour maintenir un contrôle local. Le Québec dispose des outils juridiques et fiscaux pour faire de même. Il serait temps de reconnaître que la transition énergétique est aussi une question de souveraineté économique, et que laisser partir nos actifs sans régulation revient à hypothéquer notre capacité collective à décider de notre avenir énergétique.

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