La faillite personnelle chez les retraité·e·s n’est plus une anomalie : elle devient un symptôme d’un système économique qui refuse de regarder en face le vieillissement de sa population. Selon les plus récentes données d’Insolvabilité Canada, les dossiers déposés par des personnes âgées de 65 ans et plus ont augmenté de plus de 20 % en deux ans. Ces chiffres dévoilent une réalité dure : malgré une vie de travail, un nombre croissant d’aîné·e·s terminent leur parcours avec plus de dettes que d’économies.
Trois grandes tendances économiques pèsent particulièrement lourd : l’inflation persistante qui érode le pouvoir d’achat, l’endettement croissant (hypothèques prolongées, cartes de crédit), et surtout, une indexation insuffisante des pensions publiques face au coût réel de la vie. Le Régime de rentes du Québec (RRQ) et le Régime de pensions du Canada (RPC), bien que solides, ne couvrent en moyenne qu’environ 40 % des revenus annuels d’avant la retraite. Or, la majorité des baby-boomers n’a ni régime complémentaire de retraite professionnel ni actif suffisant en épargne privée.
En comparaison internationale, le filet de sécurité canadien demeure mince. Des pays comme les Pays-Bas ou le Danemark combinent pensions publiques généreuses et régimes obligatoires à cotisations définies, limitant le risque de pauvreté chez les seniors. L’absence d’un tel modèle hybride ici devient d’autant plus criante que les troisièmes piliers — REER, CELI — restent inaccessibles aux bas et moyens revenus, fragilisant une large part de la classe moyenne vieillissante.
Le coût de l’inaction se compte en santé publique, en pression sur le logement social, et en inégalités générationnelles grandissantes. Une population retraitée appauvrie exerce une pression croissante sur les services communautaires et hospitaliers. De plus, cette précarité réduit leur capacité de soutenir leurs enfants et petits-enfants dans un contexte de crise du logement et de l’emploi, alimentant un cycle intergénérationnel de vulnérabilité économique.
Il devient urgent d’intervenir. Un rehaussement ciblé du Supplément de revenu garanti (SRG), une bonification du RRQ/RPC incluant les travailleurs atypiques, et une réforme plus progressive de la fiscalité des aîné·e·s à revenu faible ou modéré sont autant de pistes viables. Entre compassion et calculs, il est temps de reconnaître qu’une vieillesse digne ne peut dépendre uniquement de la prévoyance individuelle. Investir collectivement dans la sécurité financière des aîné·e·s, c’est refuser que la retraite devienne synonyme de ruine.





