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Fidélité au travail : 70 ans d’humanité avec Jackie

À Mont-Tremblant, derrière le volant d’une vie bien remplie, Jacqueline Galland, 95 ans, continue de passer ses matinées dans les bureaux d’Autobus Galland. Depuis sept décennies, elle incarne une idée précieuse et rare : la loyauté à un même employeur, mais surtout, à une famille élargie de collègues, de passagers, d’amis. « C’est mon monde ici. Je connais chaque bruit, chaque absence. Je sens quand quelque chose a changé », confie-t-elle en souriant doucement. Pour Jackie, travailler n’a jamais été une obligation économique, mais bien une manière d’être au monde.

Au fil de son parcours, Jacqueline a vu défiler autant de générations que de modèles de travail. L’arrivée des ordinateurs, les nouvelles règles de gestion, les départs précipités des jeunes collègues à peine embauchés. Elle observe ces changements avec tendresse, mais aussi perplexité. Elle dit : « Avant, on appelait ça un métier. Aujourd’hui, j’ai l’impression que les gens ont des contrats. » Sa présence stable dans une entreprise familiale tisse une mémoire vivante, un fil rouge dans un environnement devenu mouvant, parfois même incertain.

Dans une époque marquée par une logique d’efficacité, de mobilité accélérée et de rendement, l’histoire de Jackie heurte doucement notre rythme moderne. Elle questionne : qu’est-ce que le travail, au fond, s’il n’est plus le lieu de relations durables et de construction d’identité ? Là où autrefois les murs des bureaux racontaient des vies, aujourd’hui, les open spaces se vident au moindre remaniement. En Jacqueline, on devine une époque où le labeur s’inscrivait dans le tissu social, presque autant que dans son carnet de paie.

Ce qui frappe dans son récit, c’est la chaleur humaine qui s’en dégage. Les souvenirs de fêtes d’employés, d’enfants montés dans les autobus scolaires, de matins enneigés partagés autour d’un café deviennent des repères concrets d’une culture de travail enracinée dans l’humain. « J’étais là pour eux quand le téléphone sonnait, pour rassurer une maman ou rire d’un oubli », murmure-t-elle, comme si le travail n’avait jamais été une tour d’ivoire, mais une maison avec la porte entrouverte.

Alors que de nombreux jeunes travailleurs naviguent entre burn-out, précarité et quête de sens, Jackie incarne une autre vision : celle d’un travail qui relie, qui ancre. Son histoire n’est pas une nostalgie, mais un miroir dans lequel réfléchir notre présent. Et si, à l’ère de la flexibilité à tout prix, la fidélité de Jacqueline était, contre toute attente, un acte radical ?

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