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Grève au Massif : précarité et colère en station

Au Massif de Charlevoix, la neige n’efface pas la colère. Alors que les stations rêvent de pleine affluence pour le Jour de l’An, les travailleurs saisonniers cogitent la grève. Une grève de dignité. Ils demandent le minimum vital — des hausses salariales à la hauteur de l’inflation, la reconnaissance d’un métier essentiel mais invisibilisé. Eux, ce sont les bras gelés, les visages brûlés par le vent, les soutiers de l’hiver. Sans eux, pas de glisse. Sans eux, la montagne reste muette.

Face à eux, l’employeur — Le Massif, fleuron touristique et propriété du Groupe Le Germain — campe sur son piédestal. Propositions jugées « inacceptables » par le syndicat, fin de non-recevoir, rupture des négociations. La logique est huilée : externaliser les coûts, maximiser les profits. Un forfait familial dans cette station peut coûter plus qu’un salaire hebdomadaire d’un saisonnier. Ça vous choque ? Nous aussi.

Ce n’est pas qu’un conflit local ; c’est une faille dans un système gangrené. Les emplois saisonniers au Québec — qu’ils soient au bas des pentes ou dans les champs — sont pris au piège du même mal : précarité chronique, dépendance aux pourboires ou à la météo, accès limité à l’assurance-emploi. On vante le tourisme « durable », les paysages vierges, mais on brise les corps qui les entretiennent. Le vernis craque. La montagne se fissure.

Et pourtant, même dans le froid, une chaleur circule. Des gestes de solidarité, des travailleurs qui relient leur lutte à d’autres — des éducatrices aux livreurs, des étudiants aux infirmiers. Une banderole brandie dans la tempête dit plus que bien des communiqués : « On vaut mieux que vos dividendes. » Le syndicat local, SDECI-CSN, tient bon malgré les pressions. Ce bras de fer n’est pas une simple négociation salariale, c’est une bataille pour revaloriser le travail humain dans un monde de rendement sans âme.

Ce conflit est aussi un miroir : que dit-il de notre société que les gens qui assurent notre bien-être n’arrivent pas à se loger, à manger, à vivre de leur travail ? C’est la violence structurelle du capital déguisée en logique budgétaire. Ceux en haut parlent d’attrait touristique ; ceux en bas parlent de survie. Il est temps d’écouter les voix qui montent de la montagne, non pas les bulletins financiers. Car quand les pelles se croisent, c’est souvent pour dégeler bien plus que les pistes.

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