La récente entente entérinée entre Hydro-Québec et les 5 500 membres du Syndicat professionnel des ingénieurs retient l’attention pour des raisons qui dépassent les chiffres. Le règlement, fruit de mois de négociation, inclut une hausse salariale cumulative de plus de 17 % sur cinq ans, des garanties sur les conditions de travail et certains ajustements à la flexibilité dans l’organisation du travail. En échange, le syndicat a accepté une modération sur ses demandes initiales, particulièrement au niveau des primes et des bénéfices connexes. C’est une victoire partielle, mais une victoire tout de même, surtout dans le contexte actuel.
Le gouvernement Legault a multiplié les signaux d’austérité déguisée, même sans le dire ouvertement. La mise à jour économique de fin 2025 montre des compressions ciblées dans plusieurs ministères, une croissance des dépenses publiques en deçà de l’inflation, et une volonté de contenir la masse salariale de l’État. Dans ce climat, chaque gain syndical devient un pied de nez aux pressions budgétaires. Hydro-Québec, bien que société d’État autonome, n’échappe pas complètement à ce climat d’austérité ambiante, où le « faire plus avec moins » devient la norme implicite.
La portée symbolique de cette entente est donc forte. Dans un contexte où l’exécutif cherche à encadrer les ambitions syndicales, voir des ingénieurs du secteur public — historiquement moins enclins à la grève que les travailleurs de la santé ou de l’éducation — obtenir des concessions réaffirme la légitimité des revendications collectives. Ce n’est pas juste une question de pourcentages ou de clauses : c’est aussi une reconnaissance que même les emplois qualifiés de l’État méritent des conditions stables, attractives et prévisibles pour assurer la rétention et la qualité des services publics.
Comparée à d’autres batailles récentes dans le front commun du secteur public, l’entente à Hydro-Québec apparaît plus favorable — à première vue — et moins conflictuelle. Là où certains syndicats ont dû arracher péniblement des hausses compensatoires à l’inflation, les ingénieurs ont obtenu une progression réelle, témoignage sans doute de leur position stratégique dans une entreprise aussi cruciale pour l’économie québécoise. Cela dit, cette variation dans les résultats rappelle les inégalités internes du mouvement syndical, où le levier de négociation dépend aussi du contexte sectoriel et du rapport de force spécifique.
Pour le mouvement syndical québécois, cette entente ne trace pas une ligne droite vers la victoire, mais elle offre un repère. Elle montre que l’action collective reste efficace, même lorsqu’elle se déploie dans un cadre budgétaire restrictif. À moyen terme, elle pourrait inciter d’autres groupes techniques ou professionnels à revendiquer davantage, en s’appuyant sur des données solides comme levier de négociation. Dans une économie de plus en plus polarisée, où les emplois publics jouent un rôle d’ancrage dans les communautés, ce genre de succès peut difficilement être considéré comme anodin.





