Ils l’appelaient « transition énergétique ». En Mauricie, on l’a plutôt vécue comme une gifle en pleine face démocratique. Une immense usine d’hydrogène, vendue comme le Graal vert du Québec futuriste, impose sa présence malgré les votes contre, les assemblées de citoyens ignorées, les cris de la terre laissés lettre morte. Voilà à quoi ressemble la transition selon le gouvernement Legault : un bulldozer peint en vert, qui écrase les communautés sous la bannière du progrès.
Ce projet de production d’hydrogène « vert » par électrolyse nécessitera des quantités astronomiques d’électricité dans une région où les infrastructures publiques manquent à l’appel. Et pourquoi ? Pour alimenter les rêves industriels de multinationales comme TES Canada. Et malgré deux référendums où les citoyens ont expressément dit non, la CAQ a décidé d’utiliser des outils législatifs pour court-circuiter la volonté populaire. On appelle ça comment, déjà ? Un déni de démocratie. Une dictature verte. Une mascarade technocratique.
On nous répète que c’est pour la planète. Mais une transition sans justice, c’est juste du déplacement de pollution. Comme me le disait Sophie Breton de Vivre en Mauricie : « Ce qu’on vit ici, c’est pas une écologie populaire, c’est l’écologie des puissants. » Une écologie où les gens ne décident pas, où la parole locale ne vaut rien face aux investisseurs. Où l’environnement devient un prétexte pour concentrer richesses et décisions. Une écologie qui trahit son nom.
C’est un modèle qu’on a déjà vu : du Plan Nord aux barrages de la Baie-James, le Québec a une longue histoire d’ignorer ses propres peuples au nom du « développement ». Or, la même histoire se recycle sous des mots neufs. On repeint le béton du capitalisme en vert pour mieux le vendre, mais la structure reste coloniale, hiérarchique, autoritaire. Ce qu’on enterre sous ces projets, c’est pas juste des forêts — c’est aussi des possibilités de co-construire un avenir réellement juste et démocratique.
Alors non, ce n’est pas seulement un débat environnemental. C’est un front de lutte populaire. Une question de dignité et de souveraineté locale. La transition doit être arrachée au capital et rendue au peuple. Pas dans les tours technocrates de Sainte-Foy, mais dans les assemblées de quartier, les coopératives, les voix qui tremblent et qui s’élèvent. Parce que la vraie énergie verte, elle est là : dans la colère douce des villages trahis, dans le combat quotidien pour vivre autrement. Et ça, aucune usine climatisée ne pourra l’exploiter.





