Camille_Dufresne_2026-07-09_quand_le_capital_brule_la_terre_et_ses_gens

Incendies en France : quand le capital brûle la terre et ses gens

7 800 hectares partis en fumée en huit jours. Ce n’est pas un chiffre abstrait sorti d’un rapport gouvernemental : c’est l’équivalent de plus de 10 000 terrains de soccer qui ont disparu sous les flammes en France, emportant avec eux des écosystèmes millénaires, des moyens de subsistance, des souvenirs. Pendant que les citadins parlent de « chaleur inhabituelle » en sirotant leur café glacé, des villages entiers évacuent, des pompiers·ères s’effondrent d’épuisement thermique, des agriculteur·rices regardent leurs récoltes se transformer en cendres. L’urgence climatique n’est plus une menace lointaine : elle est déjà une crise sociale qui frappe d’abord les plus vulnérables, celles et ceux qui n’ont ni climatisation ni plan B.

Les personnes les plus exposées ne sont jamais celles qui polluent le plus. Ce sont les travailleur·euses extérieur·es – cueilleur·euses, ouvrier·ères du BTP, employé·es municipaux – condamné·es à affronter des températures qui dépassent régulièrement les 40°C sans protection adéquate. Ce sont les pompier·ères volontaires et professionnel·les, mobilisé·es sans relâche depuis le début de cette canicule meurtrière, leurs équipements inadaptés à ces conditions extrêmes devenues la norme. Ce sont les habitant·es des zones rurales, souvent âgé·es, isolé·es, sans moyens d’évacuer rapidement quand les flammes avancent plus vite que les secours. Pendant ce temps, les PDG des multinationales fossiles continuent de toucher leurs dividendes dans des bureaux climatisés.

Le coût de cette catastrophe ne se mesure pas qu’en hectares calcinés. Les services publics français – déjà affaiblis par des décennies d’austérité néolibérale – craquent sous la pression. Les collectivités locales doivent débourser des millions pour combattre des feux de plus en plus fréquents, pour reloger des populations, pour reconstruire des infrastructures détruites. Cet argent public aurait pu servir à construire des logements sociaux, à financer la transition énergétique, à embaucher plus de pompier·ères. Mais non : on préfère gérer l’urgence plutôt que d’en attaquer les causes. Comme toujours sous le capitalisme, on soigne les symptômes pendant que la maladie se propage.

Ces incendies ne sont pas des « catastrophes naturelles » : ils sont la conséquence directe d’un modèle économique qui sacrifie consciemment la planète sur l’autel du profit. Chaque été plus chaud que le précédent, chaque forêt carbonisée, chaque mort évitable porte la signature du capitalisme fossile. Les géants pétroliers savaient depuis les années 1970 que leurs activités menaient droit à cette apocalypse climatique, mais ils ont choisi de financer le déni et le greenwashing plutôt que de changer de cap. Aujourd’hui, pendant que Total Énergies engrange des milliards de profits records, la France brûle – et ce sont les pauvres qui paient l’addition.

Il est temps d’appeler un chat un chat : nous sommes face à un écocide programmé, et l’État complice laisse faire. Les mesurettes cosmétiques et les COP inutiles ne stopperont pas les flammes. Ce qu’il faut, c’est une rupture radicale : nationalisation des énergies fossiles, décroissance planifiée, justice climatique pour les plus touché·es, procès pour crimes environnementaux. Les mouvements de jeunesse, les collectifs écologistes, les syndicats comprennent déjà que la lutte pour le climat est indissociable de la lutte des classes. Pendant que la France brûle, ne restons pas spectateur·rices : organisons-nous, désobéissons, exigeons un avenir qui ne parte pas en fumée.

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