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Inégalités retraite : un avenir de plus en plus précaire

Au fil des années, le rêve d’une retraite paisible s’estompe pour une part croissante de la population. Le modèle autrefois promu — carrières stables, épargne disciplinée, tranquillité méritée à 65 ans — ne tient plus quand une majorité peine à répondre à leurs besoins immédiats. Selon Statistique Canada, près d’un tiers des Canadiens de 55 à 64 ans n’a aucune épargne-retraite privée. Le recul de l’âge effectif de la retraite n’est plus seulement un choix, mais un symptôme : celui d’une économie qui reporte indéfiniment le repos.

L’inégalité face à la retraite s’inscrit dans une fracture sociale plus vaste. Les 20 % les plus fortunés détiennent 67 % des actifs de retraite du pays, tandis que les bas revenus, soumis aux emplois précaires, peinent à participer aux régimes d’épargne. Un salarié payé au salaire minimum qui cotise 5 % de son revenu annuellement atteindra à peine un capital de 100 000 $ après 40 ans — bien en-dessous du seuil nécessaire pour vivre décemment sans emploi. L’épargne, dans cette réalité, devient un luxe inaccessible plutôt qu’un pilier de la sécurité financière.

Cette situation résulte en partie d’une série de décisions publiques qui, tout en visant la soutenabilité des régimes, ont graduellement fait reposer la planification de la retraite sur les individus. Réformes du RRQ, diminution des pensions d’entreprise, et encouragements à contribuer à des REER privés ont accentué une logique duale : sécuriser la retraite des mieux nantis tout en fragilisant celle des autres. L’État canadien dépense deux fois plus en incitatifs fiscaux à l’épargne qu’en soutien direct aux retraités pauvres — un transfert d’aide vers ceux qui en ont le moins besoin.

Sur le terrain, cela se traduit par des hommes et des femmes qui, à 68 ou 70 ans, continuent à travailler par nécessité. Richard, chauffeur d’autobus à Laval, me confie, le dos voûté : « Je pourrais arrêter, mais pas si je veux garder mon appartement ». Sylvie, caissière à Rivière-du-Loup, repousse sa retraite de trois ans à cause d’une séparation qui a effrité ses économies. Ces récits montrent une réalité loin des débats abstraits : le travail devient perpétuel pour nombre de travailleurs issus des classes moyennes et populaires.

Au final, l’incertitude économique entourant la retraite alimente une anxiété diffuse au sein de la classe moyenne. Cette précarité se combine à la pression sur le coût du logement, la stagnation des salaires réels et la forte concentration de la richesse. Il est urgent de remettre la sécurité de la retraite au centre du débat public, non comme une récompense individuelle mais comme une garantie collective. Car là où l’épargne échoue, la solidarité pourrait encore réussir — à condition d’y croire, ensemble.

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