Alors que l’inflation persiste pour une troisième année consécutive, les salaires réels continuent de stagner, voire de reculer, pour une majorité de travailleurs nord-américains. L’indice des prix à la consommation (IPC) affiche une hausse annuelle de 3,7 %, mais les augmentations salariales n’ont suivi qu’à hauteur de 2,1 % selon les derniers chiffres du Bureau of Labor Statistics. Ce déséquilibre pèse lourd sur les ménages : selon une étude récente de l’Economic Policy Institute (EPI), un foyer sur trois a dû réduire ses achats de base, dont l’épicerie, les médicaments ou l’électricité. Derrière ces données, un constat clair : le coût de l’inaction politique se chiffre en recul du niveau de vie.
Ce qui choque dans ce contexte, c’est surtout la robustesse insolente des profits de la grande distribution. L’Institute for Policy Studies (IPS) révèle que Walmart, Costco et Kroger affichent des hausses moyennes de 22 % de leurs bénéfices nets par rapport à l’année précédente. Ces entreprises tirent parti des hausses de prix — officiellement en réponse à leurs propres coûts d’exploitation — sans les répercuter équitablement sur les salaires ou les fournisseurs. On observe donc une concentration accrue de richesse capitalistique dans ces firmes, pendant que les consommateurs, eux, ajustent leurs repas en fonction de l’inflation alimentaire.
L’inaction étatique n’est pas un accident, mais un choix politique. Le refus de mesures plus musclées — comme un gel partiel des prix sur les produits de première nécessité ou une hausse des taxes sur les superprofits — illustre une complaisance à l’égard du marché. Les gouvernements invoquent les risques de distorsions économiques, oubliant que l’injustice sociale elle aussi déforme les fondements d’un ordre économique sain. Agir, ce n’est pas remettre en cause le capitalisme, c’est défendre un capitalisme vivable pour tous.
En parallèle, on observe une fixation technocratique sur les taux d’intérêt. La Réserve fédérale continue d’utiliser l’arme monétaire pour freiner la demande, au détriment de l’emploi et des investissements sociaux. Cette approche suppose que l’inflation est encore tirée par une surchauffe économique. Or, les données pointent plutôt vers une inflation de marge, liée à l’opportunisme des entreprises dans un contexte de faibles alternatives pour les consommateurs. La médecine appliquée est donc en décalage avec le diagnostic réel.
Il est temps de rééquilibrer le pouvoir dans l’économie. Des politiques de redistribution ciblées — comme des crédits d’impôt renforcés et un contrôle démocratique des chaînes d’approvisionnement critiques — peuvent corriger une partie des effets régressifs de l’inflation. Mais ces mesures nécessitent une volonté politique qui dépasse le simple pilotage technique. Pour sortir de cette spirale où l’inflation appauvrit les foyers tout en engraissant les géants, il faut replacer l’humain au cœur des choix économiques, là où ni le marché ni l’indice des prix n’ont de mémoire ni de morale.





