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Inondations urbaines à Dollard : la négligence systémique

Dollard-des-Ormeaux sous les eaux. Encore. Des sous-sols transformés en piscines toxiques, des milliers de foyers plongés dans le noir, des familles qui écopent à la main pendant que les responsables politiques parlent d’« événement météorologique exceptionnel ». Sauf que l’exception, c’est devenu la règle. Ces pluies diluviennes qui mettent à rude épreuve nos infrastructures vieillissantes ne sont pas de simples caprices du ciel : elles s’inscrivent dans un contexte où les épisodes de précipitations extrêmes deviennent plus fréquents et plus intenses avec le réchauffement climatique, tandis que nos villes tardent à s’adapter à cette nouvelle réalité. Les résidents de Dollard ne paient pas seulement pour un coup du sort, ils paient aussi pour des décennies de négligence structurelle.

Ce qui se joue dans ces rues inondées, c’est l’histoire d’une trahison collective. Une partie importante de nos réseaux d’égouts a été conçue pour un climat différent de celui que nous connaissons aujourd’hui. Notre réseau électrique demeure vulnérable aux événements météorologiques extrêmes. Notre urbanisme continue souvent d’imperméabiliser les sols, de réduire les milieux humides et de favoriser des formes d’étalement urbain qui aggravent le ruissellement. On construit encore trop souvent comme si les conditions climatiques du passé allaient perdurer. Résultat : chaque orage devient une catastrophe prévisible, chaque inondation un symbole de notre incapacité collective à protéger la population.

Et comme toujours, ce ne sont pas les plus riches qui trinquent. Ce sont les locataires des triplex, les familles monoparentales qui n’ont pas les moyens d’absorber les coûts d’un sinistre, les travailleurs précaires qui perdent une journée de salaire pour sauver ce qui peut l’être. Pendant que certains propriétaires appellent leur assureur, d’autres regardent leur laveuse flotter dans trois pieds d’eau et savent qu’ils devront tout remplacer à crédit. L’injustice climatique, elle a une adresse précise : elle frappe souvent les mêmes quartiers, les mêmes codes postaux, les mêmes revenus.

Pourtant, des solutions existent. Dans plusieurs municipalités du Québec, des infrastructures vertes comme les noues végétalisées, les jardins de pluie et les surfaces perméables permettent d’absorber une partie des surplus d’eau et de réduire les risques d’inondation. Ailleurs, des groupes citoyens cartographient les zones vulnérables et réclament des aménagements d’urgence. Partout, des organismes communautaires et écologistes martèlent les mêmes demandes : protéger les milieux humides, verdir les ruelles, repenser l’urbanisme, imposer des normes plus contraignantes aux promoteurs. Mais ces initiatives restent souvent marginales, sous-financées ou reléguées au second plan par des gouvernements qui privilégient les annonces visibles aux transformations structurelles.

Il est temps d’exiger une réponse politique à la hauteur. Cela veut dire freiner l’étalement urbain, mettre en œuvre un plan d’adaptation climatique financé et contraignant, améliorer les mécanismes de protection financière des ménages touchés par les sinistres climatiques et renforcer la protection des zones tampons naturelles. Cela veut dire arrêter de traiter chaque catastrophe comme un accident isolé et reconnaître enfin qu’on vit dans un Québec confronté à une crise climatique. Les sous-sols de Dollard crient une vérité qu’on refuse encore d’entendre : le statu quo nous noie.

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