Parse-clean-Single-post12.item_.json_.imageName-1-466

Libre-échange et équilibre budgétaire : l’illusion québécoise?

Le ministre des Finances du Québec, Éric Girard, a récemment affirmé que l’équilibre budgétaire dépendait du maintien d’un accord de libre-échange avec les États-Unis. Dans un contexte où les exportations vers notre voisin du sud représentent près de 70 % des échanges extérieurs du Québec, l’enjeu n’est pas mince. Mais cette déclaration appelle à nuance : est-il vraiment impossible d’envisager une santé budgétaire autrement qu’à travers l’intégration économique nord-américaine?

Historiquement, l’économie québécoise s’est ancrée dans le commerce interprovincial et international, surtout depuis l’ALÉNA et maintenant l’ACEUM. Ces accords ont élargi les marchés pour les secteurs-clés comme le bois, l’aluminium ou les technologies propres. Or, cette dépendance a aussi exposé le Québec à des chocs externes et à des tensions géopolitiques — pensons aux guerres tarifaires sous Trump. Une économie aussi ouverte dépend de règles du jeu stables, ce qui soulève la question de résilience à long terme.

Deux visions s’opposent alors : celle d’une souveraineté économique accrue, misant sur la relocalisation et l’autosuffisance, et celle de l’interdépendance assumée mais encadrée. Des pays comme la Norvège ou l’Allemagne montrent qu’un équilibre est possible. La Norvège combine recettes pétrolières, fonds souverain et échanges limités à certains secteurs stratégiques. L’Allemagne maintient une solide balance commerciale tout en investissant dans le tissu industriel local. Ces modèles ne sont pas transposables tel quel, mais ils illustrent qu’il existe des voies entre fermeture complète et ouverture sans condition.

Adopter un commerce plus « juste » suppose de poser des conditions : normes environnementales, respect des droits du travail, protection des secteurs vulnérables. Autrement, le libre-échange devient un vecteur d’inégalités. Une étude de l’IRIS en 2023 montrait que les travailleurs peu qualifiés du Québec ont vu leur poids salarial relatif baisser depuis 20 ans, en partie à cause de la concurrence internationale. Il faut donc encadrer l’ouverture par des politiques redistributives, comme la formation continue, les filets de sécurité et des incitatifs à l’innovation locale.

En somme, le lien entre équilibre budgétaire et libre-échange, tel que présenté par le ministre Girard, ne doit pas devenir un dogme. Oui, nos finances publiques dépendent d’une économie dynamique — et ouverte — mais cette ouverture doit être pensée, encadrée et surtout centrée sur le bien-être collectif. Les choix budgétaires ne sont pas simplement des feuilles de calcul : ce sont des décisions politiques qui reflètent, aussi, nos valeurs sociales. Le Québec peut – et doit – penser son avenir économique en combinant pragmatisme budgétaire et vision souveraine contrôlée.

PARTAGER CET ARTICLE