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Marché mobile canadien : où va vraiment votre facture?

En 2025, les Canadiens dépensent en moyenne près de 60$ par mois pour leur service cellulaire. Pourtant, selon les analyses récentes du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), une part disproportionnée de cette somme — jusqu’à 90% — ne reflète pas le coût technique du service rendu. Cette distorsion tarifaire soulève des questions fondamentales : à qui profite réellement cette rente? Et pourquoi le marché canadien demeure-t-il si coûteux par rapport aux autres économies avancées?

Les données montrent que le Canada se classe parmi les pays les plus chers de l’OCDE en matière de services mobiles, avec des forfaits doublement ou triplement plus coûteux qu’en France, au Royaume-Uni ou en Australie. Or, les infrastructures et le niveau de vie y sont comparables. Le problème se niche dans la structure du marché canadien : les trois grands joueurs – Rogers, Bell et Telus – captent 87% des parts de marché et limitent la concurrence par des stratégies tarifaires alignées et une faible ouverture aux opérateurs virtuels (MVNO). L’absence d’un véritable marché compétitif entraîne des marges bénéficiaires bien supérieures à celles de l’industrie ailleurs.

En analysant de près où va chaque dollar dépensé, on découvre qu’environ 10 à 15% couvre les coûts d’exploitation — antennes, maintenance, bande passante. Le reste est absorbé par les frais généraux, le marketing, les rendements aux actionnaires… et surtout les marges. Cette déconnexion entre coût réel et facture finale est d’autant plus préoccupante qu’elle affecte davantage les ménages à faible revenu, pour qui l’accès au numérique devient une nécessité et non un luxe.

Le CRTC a sonné l’alarme en publiant cet automne un rapport recommandant une régulation renforcée : plafonnement des prix de gros, accès élargi aux MVNO et audits indépendants des marges pratiquées par les géants du secteur. Certains économistes, comme ceux du think tank IRIS, appellent même à envisager la création d’un opérateur public à faible coût comme contrepoids. Des solutions existent — elles demandent du courage politique et une priorité donnée à l’intérêt collectif plutôt qu’aux seuls rendements boursiers.

Au final, la question n’est pas simplement tarifaire — elle est sociale. Dans un monde où le numérique conditionne l’accès au travail, à l’éducation et à l’information, tolérer des prix excessifs revient à renforcer les inégalités d’accès. Réguler le marché mobile canadien, c’est garantir que la connectivité reste un bien commun, et non un produit de luxe réservé à ceux qui peuvent se le permettre.

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