Les autobus s’arrêtent, mais pas la lutte. Depuis lundi, les chauffeur·e·s de la STM bravent le froid et les menaces gouvernementales pour défendre leur emploi, leur dignité, leur pouvoir collectif. Ils réclament ce que tant d’autres réclament dans l’ombre : des salaires décents, du respect, et la fin d’un modèle de transport public géré comme une entreprise privée. Pourtant, au lieu d’écouter, le ministre Jean Boulet brandit déjà le gourdin législatif, envisageant de précipiter une loi pour limiter leur droit fondamental : celui de faire grève.
C’est plus qu’un conflit syndical. C’est un test pour notre démocratie sociale. Quand l’État tente de bâillonner une section de travailleuses et de travailleurs du secteur public, c’est toute la classe salariée qu’il met en joue. Les mots bureaucratiques comme « services essentiels » deviennent les chaînes invisibles qui brisent la résistance. Et le plus inquiétant ? Cette criminalisation rampante de la grève s’inscrit dans une tendance nationale : faire taire les colères justes sous couvert de maintien de l’ordre et de neutralité.
« Si on cède ici, c’est toutes nos conventions collectives qui vont fondre comme neige de mars », lâche Hakim, chauffeur à Côte-Vertu depuis 13 ans, en tenant son pancarte fatiguée : « Pas de service sans justice ». Près de lui, des militant·es de la FTQ et du SCFP se relaient pour éviter que ce front ne recule. On parle souvent des métros bloqués, jamais des vies brisées par le sous-financement chronique, par les horaires impossibles, par l’épuisement professionnel que la STM maquille en statistiques.
Le gouvernement Legault prétend qu’il s’agit de protéger le public, mais ce sont les profits et les commandes politiques qu’il protège. Parce qu’un syndicat puissant, c’est un obstacle. Parce qu’une grève populaire fait peur, surtout quand elle inspire d’autres secteurs à dire non. Dans une ville où l’on investit plus de millions dans le béton que dans les humains, cette mobilisation gêne. Elle dévoile le double jeu : valoriser les travailleur·euse·s en discours, les punir en pratique.
Nous devrions tou·te·s voir dans cette attaque une ligne de feu qu’il est interdit de franchir. Le droit à la grève n’est pas un luxe, c’est l’arme ultime des exploité·es. Le grève à la STM n’est pas un caprice isolé : c’est un cri contre l’austérité, la casse sociale, la méfiance institutionnelle. Si Boulet veut étouffer ce cri, il doit savoir que les échos se répandront. Partout. Dans les hôpitaux, les écoles, les quartiers, les rues. Une attaque contre une grève est une attaque contre nous tou·te·s. Et on ne se laissera pas faire.





