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Mort Parc-Extension et gentrification : le reportage sur une injustice sociale

Manjeet Singh est mort dans la rue comme on abandonne un débris sur le trottoir, sous un ciel trop froid pour pardonner, dans ce quartier de Parc-Extension où la richesse des promoteurs grimpe plus vite que les températures. Devant l’immeuble où son corps a été retrouvé, des voisins ont déposé des bougies tremblantes — témoins fragiles d’un homme invisibilisé jusqu’à son dernier souffle. Sa mort n’est pas un accident. Elle est le symptôme d’un système municipal qui prétend protéger tout le monde, sauf ceux qui n’ont plus rien.

Les résidents que j’ai rencontrés parlaient moins de tristesse que de rage. « On l’avait signalé plusieurs fois, on disait qu’il avait besoin d’un endroit au chaud », m’a lancé Asha, travailleuse communautaire, les yeux cerclés de nuits trop courtes. Des bénévoles du quartier racontent comment Manjeet avait été déplacé, surveillé, parfois menacé par des agents chargés d’appliquer des règles absurdes sur la “propreté urbaine”. Comme si dormir dehors était un choix. Comme si l’exclusion pouvait être réglée à coups d’amendes.

Depuis des années, Parc-Extension subit la violence tranquille des politiques de logement qui prétendent moderniser le quartier mais expulsent ses habitants les plus vulnérables. Les immeubles se rénovent comme des forteresses pour classes moyennes, les loyers bondissent, et ceux qui n’arrivent plus à suivre sont poussés hors de la trame urbaine — ou directement dans la rue. La mort de Manjeet déchire le voile sur cette réalité: une ville qui s’arrose d’initiatives “innovantes” pendant qu’elle laisse crever les personnes qu’elle juge improductives.

Dans une assemblée improvisée près du métro Parc, des militants dénoncent une hypocrisie devenue routinière. Sara, étudiante et organisatrice, résume leur colère: « Montréal parle de compassion, mais finance des équipes pour enlever les campements au lieu de créer des logements publics. On ne peut pas se dire progressistes quand on laisse des gens mourir parce qu’ils n’ont pas d’adresse. » Les pancartes brandies ce soir-là demandaient non pas une enquête, mais une rupture: plus de lits, plus de logements sociaux, moins de promesses creuses. La mort de Manjeet n’est pas seulement une tragédie; elle est une preuve matérielle de l’échec politique.

Parc-Extension devient le miroir d’une ville qui se gentrifie plus vite qu’elle ne soigne ses plaies. Ce qui s’est passé n’est pas une fatalité mais une responsabilité collective, surtout celle des décideurs qui parlent d’inclusion pendant qu’ils signent des contrats de développement. Les résidents, eux, refusent de laisser l’histoire s’effacer comme une nouvelle de plus. Ils transforment leur deuil en mobilisation, leurs bougies en revendications, leurs voix en grondement. Parce que tant que la ville abat des arbres pour construire des condos, mais laisse mourir un homme faute d’un simple refuge, alors il faudra continuer de nommer cette violence et de l’affronter. Et c’est peut-être là que commence la justice.

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