Un milliard de dollars. C’est le prix qu’Ottawa est prêt à prêter à Postes Canada — une société d’État à bout de souffle, vidé par des logiques managériales dignes du secteur privé. Mais un prêt, ce n’est pas une subvention : c’est une laisse. Et derrière cette laisse, les griffes invisibles d’un néolibéralisme qui grignote nos services publics jusqu’à l’os. Quand est-ce qu’on a cessé de croire que le courrier, c’était un droit, pas un produit ?
Dans les centres de tri, c’est la colère qui se trie plus vite que les paquets. « On voit nos routes coupées, nos heures sabotées. On veut servir, mais on nous gère comme des machines », me confie Léo, facteur depuis 11 ans à Laval. Le visage usé, les mots tranchants. Partout, les travailleurs postiers subissent une pression qui ne dit pas son nom. Tous les plans de « modernisation » camouflent un seul objectif : rentabiliser, au détriment du sens.
Et pourtant, Postes Canada n’est pas un Amazon de l’État. C’est une colonne vertébrale sociale, celle qui connecte Saint-Pamphile à Longueuil, celle qui livre des médicaments, pas des gadgets. Alors pourquoi la gérer avec l’obsession fébrile des profits ? Quelle gouvernance permet ces dérives sans reddition de comptes ni consultation populaire ? On transforme le bien commun en acteur de marché, instrument d’austérité déguisé en innovation.
Les patrons parlent d’efficacité. Les syndicats répliquent par la réalité : sous-effectif, fermeture de bureaux ruraux, externalisation des services, épuisement moral. Quant au prêt d’un milliard, il enterre la possibilité d’un engagement structurel de l’État. On repousse les problèmes à demain, pendant que les communautés les vivent chaque matin. Ce n’est pas une réforme, c’est une reddition.
Et si on reprenait les rênes ? Une Postes Canada autogérée ? Verte, équitable, enracinée ? Une vision construite avec les travailleurs, pour les gens, pas pour les tableaux Excel d’Ottawa ? Tant qu’on traitera le service postal comme une business, on livrera des promesses creuses. Il est temps de récupérer nos services publics de l’emprise capitaliste. Pas de révolution sans courrier.





